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journée internationale des droits des femmes
Journée internationale des droits des femmes 1024 576 L'Ilot

Journée internationale des droits des femmes

Journée internationale des droits des femmes 

Sommaire :

  • Qu’est-ce que la Journée internationale des droits des femmes ?  
  • Pourquoi le 8 mars est-il la Journée internationale des droits des femmes ? 
  • « Un toit contre du sexe » : le thème de L’Ilot pour le 8 mars 
    • Une conséquence de la crise du logement 
    • Une inégalité structurelle  
  • Nos revendications dans le cadre du 8 mars  

Le 8 mars, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, les équipes de L’Ilot marchaient dans les rues de Bruxelles pour alerter nos responsables politiques.  

Face à la crise du logement, certaines femmes n’ont plus d’autre choix que de « payer » un toit avec leur corps. Une violence structurelle qui ne fera que perdurer tant qu’un logement stable, accessible et sûr ne sera garanti pour toutes. 

Qu’est-ce que la Journée internationale des droits des femmes ?  

Célébrée le 8 mars et officialisée par les Nations unies en 1977, la Journée internationale des droits des femmes est une journée mondiale de mobilisation pour l’égalité entre les femmes et les hommes et contre toutes les formes de discriminations envers les femmes. Elle permet non seulement de dresser le bilan sur la situation, mais aussi de rappeler les inégalités persistantes (économiques, sociales, politiques…) et de porter les revendications féministes pour une société plus juste. 

Pourquoi le 8 mars est-il la Journée internationale des droits des femmes ? 

La Journée internationale des droits des femmes puise ses racines dans les luttes ouvrières et mobilisations de femmes du début du 20e siècle, en Europe et aux États-Unis. Le choix symbolique du 8 mars fait référence à la grande grève des femmes russes de Petrograd, survenue le 23 février 1917 selon le calendrier julien, soit le 8 mars dans le calendrier grégorien (source). 

 « Un toit contre du sexe » : le thème de L’Ilot pour le 8 mars 

 Dans le cadre de la Journée internationale des droits des femmes, nous avons choisi de mettre en lumière une réalité que beaucoup préfèrent ignorer. Dans nos villes, des femmes, des mères, des jeunes étudiantes, des personnes migrantes et sans chez-soi se voient proposer un lit, un canapé, une chambre… en échange de rapports sexuels. Elles ne sont pas «libres de choisir». Elles négocient leur survie. Quand la seule alternative est la rue, le consentement est vicié par définition : il ne peut exister là où la survie est en jeu.  

 Une conséquence de la crise du logement 

Ni marginal, ni anecdotique, ce phénomène est le produit direct de la crise du logement :  

  • loyers qui explosent,  
  • pénurie de logements abordables,  
  • listes d’attente interminables pour un logement social,  
  • saturation des dispositifs d’hébergement d’urgence.  

Dans un marché où «tout est plein», celles et ceux qui disposent du moins de ressources se retrouvent au bas de l’échelle, dépendant de solutions informelles, invisibles, et donc propices aux abus. Là où l’offre de logements dignes et accessibles fait défaut, l’emprise et la violence s’installent. 

Une inégalité structurelle  

Le 8 mars nous rappelle que les femmes restent en première ligne des inégalités économiques, des violences conjugales et sexuelles, de la précarité familiale. Ce chantage sexuel contre un toit repose sur des rapports de domination qui continuent de faire du corps des femmes un bien disponible. Il prospère d’autant plus facilement que le logement est rare et cher. Quand une mère solo doit choisir entre accepter les «conditions» d’un propriétaire ou dormir dehors avec ses enfants, quand une femme sans abri se voit proposer une nuit «en sécurité» chez un inconnu après un refus dans un centre d’hébergement, quand une femme sans papiers n’ose pas refuser de peur de tout perdre, nous ne sommes plus dans le registre de la liberté individuelle. Nous sommes face à une violence structurelle que notre société tolère en fermant les yeux. 

Nos revendications dans le cadre du 8 mars  

Nous affirmons qu’il est urgent de changer de perspective. À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, nous rappelons que la première prévention contre ces violences, c’est le logement : disponible, abordable, inconditionnel. Tant que des milliers de femmes vivront sans chez-soi, en hébergement précaire, en colocation forcée ou chez des tiers qui peuvent «faire pression», nous continuerons à produire les conditions parfaites pour ce chantage sexuel. 

Concrètement, cela implique des choix politiques clairs : augmenter massivement le parc de logements (publics, sociaux et associatifs), encadrer les loyers, garantir aux femmes le droit à un hébergement d’urgence inconditionnel, soutenir et financer des dispositifs spécifiques pour les femmes sans chez-soi… 

Prévenir ces violences suppose aussi de sortir de l’hypocrisie. On ne peut pas, d’un côté, restreindre l’accès aux droits sociaux, durcir les conditions d’accès au chômage, précariser les personnes migrantes, laisser les femmes assumer l’essentiel de la charge des enfants après une séparation… et, de l’autre, se dire «choqué·e» quand des personnes, acculées, en viennent à «payer» leur toit avec leur corps. Le chantage sexuel contre un logement n’est pas une dérive isolée : c’est le symptôme d’un système qui accepte que certaines vies n’aient pas de place, pas de chambre à soi. 

Dans le contexte de la Journée internationale des droits des femmes, nous demandons aux responsables politiques à tous les niveaux de pouvoir : 

  • l’intégration au Plan d’action national de lutte contre les violences basées sur le genre, le lien entre sans-abrisme au féminin et violences, notamment sexuelles, subie par les femmes ;
  • un plan ambitieux et chiffré de création de logements accessibles, pensé en lien avec les associations de terrain et les premières concernées; 
  • l’intégration systématique d’une approche spécifique aux femmes dans les politiques de logement et de lutte contre la pauvreté ; 
  • des moyens renforcés et pérennes pour les services d’accompagnement et centres de jour qui travaillent avec les femmes sans chez-soi et mal logées. 

Nous n’acceptons pas que, dans un pays riche, au cœur de l’Europe, la survie de milliers de femmes se joue chaque soir au prix de leur dignité et de leur intégrité physique. Tant que l’accès au logement restera une course où les plus fragilisées partent avec plusieurs longueurs de retard, les prédateurs auront toujours un coup d’avance. 

La Journée internationale des droits des femmes ne peut pas se réduire à des slogans ou à quelques déclarations symboliques. Mettre fin à cette violence exige du courage politique et un changement de cap: considérer le logement non comme une variable d’ajustement, mais comme un droit fondamental. Si chacune disposait d’un logement stable, accessible et sûr, cette forme de chantage perdrait mécaniquement son pouvoir.  

Carte blanche signée par Ariane Dierickx, directrice de l’Ilot; Maïté Meeûs, créatrice de « Balance ton bar »; Laurent Demoulin, asbl Diogènes; Maria Miguel Sierra, « La Voix des Femmes »; Amélie Servotte, Vie Féminine asbl; Valérie Lootvoet, Université des Femmes; Hafida Bachir, Cofondatrice d’Egali-T ASBL; Fatma Karali, Des Mères Veilleuses; Isabella Lenarduzzi, Jump – Solutions for Equity at Work; Francesca Operti, Isala; Donatienne Portugaels, Mouvement pour l’Egalité entre les Femmes et les Hommes.
prix fédéral de lutte contre la pauvreté
Prix fédéral de lutte contre la pauvreté – Votez pour Circé (Ilot) ! 1024 576 L'Ilot

Prix fédéral de lutte contre la pauvreté – Votez pour Circé (Ilot) !

Prix fédéral de lutte contre la pauvreté – Votez pour Circé (Ilot) !

Sommaire :
  • Qu’est-ce que le Prix fédéral de lutte contre la pauvreté ?
  • Prix fédéral de lutte contre la pauvreté : comment voter ?
  • Pourquoi voter pour Circé de L’Ilot ?
  • Ressources

En 2025, le Prix fédéral de lutte contre la pauvreté concerne « des actions préventives ou curatives qui assurent la continuité des soins et de l’aide » pour ce public (news.belgium).

Deux prix de 15 000 € sont attribués, respectivement par un jury d’experts et par le vote du public (du 4 au 28 septembre 2025). La cérémonie de remise se tiendra quant à elle le 2 octobre 2025 (news.belgium).

Après ISSUE en 2024, L’Ilot voit cette fois son projet Circé figurer parmi les 9 finalistes ! Il s’agit là d’une belle consécration pour le premier et seul centre de jour par et pour les femmes sans abri à Bruxelles.

Qu’est-ce que le Prix fédéral de lutte contre la pauvreté ?

Créé le 4 juillet 2008 et organisé par le SPP Intégration sociale (SPP Intégration sociale), le Prix fédéral de lutte contre la pauvreté met en lumière des initiatives qui améliorent concrètement la vie quotidienne des personnes en situation de précarité (news.belgium).

Prix fédéral de lutte contre la pauvreté : comment voter ?

Voter pour le projet Circé de L’Ilot n’a rien de plus simple ! Il vous suffit de :

Pourquoi voter pour Circé de L’Ilot ?

Finaliste du Prix fédéral de lutte contre la pauvreté, Circé de L’Ilot est, à notre connaissance, le seul projet conçu par et pour les femmes en Belgique. Unique à Bruxelles, ce centre de jour pour femmes sans abri puise ses racines dans les nombreux constats d’une recherche-action menée par L’Ilot :

  • les femmes sont invisibilisées en rue ;
  • la majorité des femmes en rue sont victimes de différents types de violences (intrafamiliales, conjugales, etc.) et de dominations ;
  • les femmes sont en minorité dans les centres mixtes et y rencontrent très souvent les hommes qui se sont montrés violents envers elles.

L’impact positif de Circé pour ses usagères est indispensable. Le centre répond aussi bien aux besoins vitaux (se nourrir, se laver, etc.) que psychiques. En effet, il offre un accompagnement psycho-médico-social grâce à une équipe formée spécifiquement aux problématiques de genre, de travail social et de violences (subies par les femmes en rue).

La plupart des usagères viennent régulièrement à Circé, ce qui leur permet de retrouver du pouvoir d’agir mais aussi d’être en sécurité pendant quelques heures et à l’abri de la chaleur ou des intempéries.

Moira Fornier, Coordinatrice de Circé

Ressources  

SPP Intégration sociale :

manifestation femmes 8 mars
8 mars : L’Ilot manifeste pour les droits des femmes 1024 576 L'Ilot

8 mars : L’Ilot manifeste pour les droits des femmes

Salaires inférieurs, temps partiels subis, métiers sous-valorisés, retraites plus faibles… En Belgique, les femmes sont les premières victimes de la précarité financière. Une réalité qui les maintient dans une dépendance économique et les expose davantage à la précarité, au mal-logement et au sans-abrisme.

L’homme le plus pauvre de Belgique est une femme

La précarité économique touche particulièrement les femmes, notamment celles issues de milieux défavorisés, migrantes ou monoparentales. En Belgique, 70 % des personnes pauvres sont des femmes. Les familles monoparentales, souvent dirigées par des femmes, vivent avec un risque de pauvreté de 41 %. Et les femmes seules de moins de 65 ans sont également plus exposées à la précarité. Les femmes occupent souvent des emplois précaires et mal rémunérés, particulièrement dans les secteurs du soin et de l’action sociale, tout en assumant une charge de travail domestique disproportionnée.

Quelques chiffres
  • 70 % des personnes en situation de pauvreté individuelle sont des femmes.
  • Une femme en couple a quatre fois plus de risques d’être en précarité (32 %) qu’un homme en couple (7 %).
  • La dépendance financière concerne 23 % des femmes en couple contre seulement 3 % des hommes.
  • Les revenus annuels nets moyens des hommes s’élèvent à 25.935 €, contre 18.585 € pour les femmes.
  • 66,4 % des femmes de 20 à 64 ans travaillent, contre 74,5 % des hommes.

Ces chiffres sont issus de notre étude-action « Sans-abrisme au féminin : sortir de l’invisibilité », sortie en 2022.

Moins de revenus… Mais plus de dépenses

Au quotidien, les femmes font face à des dépenses supplémentaires qui alourdissent leur budget et creusent encore davantage les inégalités financières par rapport aux hommes. Parmi celles-ci :

  • La taxe rose : les rasoirs, shampoings, crèmes, etc. sont plus chers que leurs équivalents masculins.
  • Les protections hygiéniques, qui représentent une charge financière de jusqu’à 120 € par an.
  • Les consultations gynécologiques, plus chères qu’une simple consultation médicale.
  • Le maquillage, les soins de la peau et les produits capillaires achetés par les femmes à cause des attentes sociales.
  • Frais de garde et parentalité à leur charge.
  • Dépenses liées à la sécurité : Certaines femmes investissent dans des taxis/Ubers tard le soir par peur des agressions, ce qui entraîne des frais supplémentaires par rapport aux hommes qui utilisent plus souvent les transports en commun la nuit.
Manifestation pour les droits des femmes

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, L’Ilot rappelle que l’accès à un revenu digne et durable est la clé pour sortir durablement de la précarité. Ce samedi 8 mars, nous descendrons dans les rues pour faire entendre notre voix et exiger des politiques économiques qui garantissent aux femmes sans abri des revenus dignes et une véritable indépendance financière.

femmes sans abri
L’horreur : le quotidien des femmes sans abri 1024 576 L'Ilot

L’horreur : le quotidien des femmes sans abri

Jessica* a fui un mari violent pour se réfugier dans notre maison d’accueil pour femmes.
Photo : © Layla Aerts

La journée du 25 novembre est dédiée dans le monde entier à la lutte contre toutes les formes de violences à l’égard des femmes. Bientôt trois mois après l’ouverture par L’Ilot du premier Centre de jour pour femmes sans abri à Bruxelles (Circé de L’Ilot), cette journée résonne encore un peu plus aux oreilles des équipes et des usagères de notre association.

Comme nous l’avions craint, les situations des celles fréquentant ce nouveau dispositif (un peu plus de 80 à ce jour) sont assez terrifiantes : des femmes particulièrement vulnérables et demandant des accompagnements les plus lourds arrivent en masse et osent désormais pousser les portes d’un centre où elles sentent qu’elles seront enfin entendues et correctement accompagnées.

Si
l’étudeaction « Sans-abrisme au féminin : sortir de l’invisibilité » que nous avions menée il y a deux ans nous avait permis d’anticiper le type de situations que l’équipe aurait à gérer une fois le centre ouvert, nous avonsnousmêmes été surpris·es par le niveau d’horreur et de gravité de ces situations et par le caractère quasi systématique de ce que les femmes vivant en rue subissent en termes de violences physiques, sexuelles et psychologiques.

Vu ce niveau de gravité et d’horreur, chacune de ces situations nécessite un accompagnement individuel et intensif de la part de notre équipe. Pendant ce temps, des dizaines d’autres femmes attendent leur tour pour bénéficier d’un accompagnement psychosocial de la part de l’équipe. Malgré la réelle volonté des autorités publiques de soutenir et financer ce projet, cet état de fait démontre que le cadre de financement tel que prévu pour un tel dispositif est déjà insuffisant.

circé femmes sans abri

Sonia* a vécu l'enfer

Sonia* fréquente régulièrement les services de L’Ilot. Comme toutes les femmes sans abri, elle a connu un parcours de violences multiples. Sa reconstruction est difficile, tant les traumatismes subis sont multiples.

Aujourd’hui, ce cadre de financement public est en effet le même pour tous les centres de jour, quel que soit le seuil d’accès et le type de public accueilli. Malheureusement, les situations évoquées cidessus ne peuvent pas être correctement accompagnées avec un tel cadre de financement.

En conclusion et seulement trois mois après l’ouverture du centre, l’équipe pourtant extrêmement engagée est déjà à genoux et nous savons que ces travailleuses ne pourront pas tenir sans un renfort rapide de personnel.
Or, le constat d’indispensabilité de structures spécialisées pour ce public spécifique est désormais implacable. C’est pourquoi nous profitons de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes pour rappeler la nécessité de financer dignement les aides apportées aux femmes sans abri ou en risque de sansabrisme.

L’interview de Katima, usagère du Centre Circé de L’Ilot.

Le parcours de Mina : ferez-vous les bons choix ? 150 150 L'Ilot

Le parcours de Mina : ferez-vous les bons choix ?

Victime de violences conjugales, sans ressources, sans contacts… Incarnez Mina, une maman de trois enfants devant fuir un mari devenu violent. À qui faire confiance ? Où aller ? Choisirez-vous les options lui évitant la rue ?

Tout part d’un constat, mis en avant par l’étude-action “Sans-abrisme au féminin : sortir de l’invisibilité” publiée par L’Ilot début 2022 : le nombre de femmes sans abri ou mal logées est largement sous-évalué et l’offre de services ne leur est pas adaptée alors même qu’elles subissent plus de violences – notamment liées au genre – que leurs homologues masculins.

Dans une démarche intersectorielle et avec l’aide d’un groupe d’expertes du vécu, L’Ilot a développé une série de recommandations pour proposer des solutions concrètes, dignes et durables. Parmi elles : la création d’un centre de jour par et pour les femmes sans abri.

Le Centre de jour Circé de L’Ilot a donc ouvert ses portes en septembre 2023. Les récits terrifiants partagés par ses premières occupantes démontrent encore une fois qu’il était plus qu’urgent de proposer sans délai un refuge à celles sur qui s’abattent les pires violences qu’une société patriarcale est capable d’exercer sur les femmes. L’histoire que vous allez découvrir n’est malheureusement qu’un exemple parmi d’autres de cette triste réalité.

Mina a quitté le Maroc avec ses trois enfants pour rejoindre son mari en Belgique. Après quelques mois, celui-ci est devenu violent. Craignant pour sa vie, Mina a fui le domicile conjugal. Elle se retrouve dehors, sans domicile, sans argent, sans connaître la langue… Où aller ? À qui se confier ou faire confiance ? Comment s’en sortir ?

Le parcours est semé d’embûches et les choix que vous poserez pourraient bien être lourds de conséquences…

L’interview de Katima, usagère du Centre Circé de L’Ilot.

L’interview d’Anne, coordinatrice du Centre Circé de L’Ilot.

reportage transversales femmes à la rue
« Femmes à la rue, au bout de l’impasse », le nouveau reportage sur L’Ilot et les femmes sans abri à Bruxelles 1024 576 L'Ilot

« Femmes à la rue, au bout de l’impasse », le nouveau reportage sur L’Ilot et les femmes sans abri à Bruxelles

« Être une femme à la rue c’est avoir tous les problèmes des hommes, plus les problèmes des femmes ». Intriguée par le pourquoi d’un premier Centre de jour pour et par les femmes à Bruxelles, une équipe de la RTBF nous a accompagnés au cours des six derniers mois pour comprendre l’intérêt d’un tel projet.

C’est un constat alarmant qui leur a mis la puce à l’oreille. Quand nous avons contacté la RTBF et plus précisément la rédaction de l’équipe de l’émission « Transversales » de La Première, nous les avons d’abord bombardé de chiffres.

Parce que ceux-là parlent souvent d’eux-mêmes. À Bruxelles, en 15 ans, le nombre de personnes sans abri a quadruplé. Plus de 7000 personnes sont sans abri dans la capitale, et parmi elles, au moins 1 sur 5 serait une femme. Des femmes qui subissent dans la rue de nombreuses violences, mais pour lesquelles aucun centre d’accueil spécifique n’existe alors.

C’est ce qu’expliquait en janvier 2022 notre étude action réalisée sur le sujet. 91 pages pour analyser des chiffres sous-évalués, comprendre des parcours lourds de violences et questionner un secteur pensé au « masculin universel ». Et comme conclusion la recommandation de la mise sur pied d’un dispositif d’accueil de jour bas seuil, par et pour les femmes, indispensable selon la directrice de L’Ilot Ariane Dierickx : « Quand elles sont en rue, elles revivent des phénomènes de violence beaucoup plus difficiles. Pouvoir accueillir ces femmes dans un endroit où elles se sentent en sécurité et où il y a une écoute particulière, c’était indispensable pour nous. »

De la théorie à la pratique il aura donc fallu un peu plus de 18 mois. Le 20 septembre dernier, Circé de L’Ilot voyait enfin le jour au bout d’un été agité entre remise à neuf de ce nouveau lieu d’accueil, maraudes dans le quartier autour de la Gare du Midi pour faire connaitre le centre et les formations genre et travail social suivies par l’équipe sociale. Comme l’explique Cindy Meirsschaut, experte du vécu et pair-aidante à Circé, le Centre a été voulu comme une maison : « On se sert soi-même son café, il y a des canapés, des bouquins… Pour qu’elles se rappellent à quel point c’est chouette de se sentir comme à la maison car on est toujours dans l’instant présent et dans la survie quand on vit en rue. »

Des semaines stressantes, mais constructrices que l’équipe de « Transversales » aura donc accompagnée précautionneusement.  Avec distance, mais profondeur. Sans voyeurisme, mais toujours avec curiosité. En résulte le reportage puissant de Sophie Mergen. Trente minutes pour mieux comprendre l’indispensabilité d’un service longtemps absent, mais déjà indispensable pour vous faire une idée plus précise de ce qu’est le sans abrisme au féminin.

Inauguration du centre CIRCÉ de L’Ilot 150 150 L'Ilot

Inauguration du centre CIRCÉ de L’Ilot

Ce mercredi 13 septembre a eu lieu l’inauguration du Centre Circé de L’Ilot, le premier centre de jour par et pour les femmes sans abri à Bruxelles.

Ce mercredi 13 septembre, nous avons inauguré le centre Circé de L’Ilot, un lieu d’accueil uniquement pensé par et pour des femmes sans abri et dont l’objectif sera d’accueillir, en mixité choisie, des usagères en situation ou en risque de mal-logement.

Pourquoi Circé ?

Symbole de l’émancipation féminine dans la mythologie grecque, Circé suit son propre chemin et son idéologie. Son mythe a été repris par le patriarcat pour justifier la marginalisation et la punition de femmes trop libres, trop indépendantes et plus savantes que les hommes. C’est une sorcière et derrière ce terme se cache toujours la même idée : celle d’une femme ayant acquis plus de pouvoir que ce que la société ne tolère.

Un nom choisi par la nouvelle équipe sociale 100 % féminine qui sera à l’œuvre dès ce mois de septembre, et l’aboutissement d’un long projet né des multiples constats réalisés depuis plusieurs années au sein de notre association sur le manque de prise en compte d’un sans-abrisme au féminin.

La rue : un monde de violences, particulièrement pour les femmes.

C’est ainsi qu’en janvier 2022 était publiée notre étude-action « Femmes sans abri : sortir de l’invisibilité ». Celle-ci mettait en avant les chiffres, effarants, concernant la présence en rue de nombreuses femmes sans chez-soi et les violences auxquelles elles sont régulièrement confrontées.

Parmi les constats de cette recherche-action : la sous-estimation du nombre de femmes sans abri, mais aussi les interminables parcours de violences qu’elles ont pu subir avant et pendant leur survie dans la rue.

Des spécificités face auxquelles notre secteur s’est longtemps retrouvé démuni : pas assez équipé, trop peu formé, mal accompagné… C’est à cette équation multiple que le tout premier Centre de jour par et pour les femmes sans abris à Bruxelles devra répondre.

Un moment d’échange et de partage autour de la situation des femmes sans abri

Des défis en cascades dans les mois à venir, mais une inauguration et un moment festif d’abord pour marquer la reconnaissance de notre combat pour la prise en compte d’un sans-abrisme au féminin. Organisé en présence de la marraine Lisette Lombé, nouvelle poétesse nationale dès janvier 2024, de partenaires et, bien sûr, de notre équipe sociale, nous avons également fait de cet événement un espace d’échanges.

Toutes les actus de L’Ilot en direct sur nos réseaux sociaux !
Création du premier Centre de jour par et pour les femmes 150 150 L'Ilot

Création du premier Centre de jour par et pour les femmes

Le nouveau Centre de jour offrira du répit dans un espace sécurisant aux femmes et à leur(s) enfant(s)). ©Arnaud Ghys

Grâce au travail assidu des équipes de L’Ilot tout au long de l’année 2022, notre Centre d’accueil de Jour pour femmes a pu ouvrir ses portes en 2023.

Destiné exclusivement aux femmes sans abri ou en risque de sans-abrisme et composé d’une équipe éducative exclusivement féminine, ce nouveau dispositif a ouvert, dans un premier temps, sur le Parvis de Saint-Gilles à la place de l’actuel Centre de jour mixte qui sera, lui, prochainement installé au numéro 73 rue de l’Église.

À terme, nous espérons pouvoir installer définitivement le Centre de jour pour femmes dans un autre bâtiment plus adapté aux besoins de ce service.

Ouvert dans un premier temps 5 jours sur 7, le Centre de jour pour femmes vise à offrir un espace sécurisant et un moment de répit aux femmes en situation de grande précarité. Dans un premier temps, il pourra accueillir une soixantaine de femmes, davantage lorsque le Centre déménagera dans un bâtiment plus adapté.

Le constat est implacable : la pauvreté touche davantage les femmes que les hommes et ce, pour des raisons multiples : écart salarial femmes/hommes, les familles monoparentales sont portées à plus de 80% par des femmes, inégalité de pensions, etc.
L’importance de la non-mixité

C’est un fait : dans la rue, les femmes sont victimes de violences multiples et en particulier de violences sexuelles. Pour répondre à leurs besoins urgents (manger, se poser, prendre une douche, etc.), il est nécessaire qu’elles puissent disposer d’un endroit où elles se sentent en sécurité, entre elles dans un premier temps et à l’abri de la rue et de ses violences.

Ce temps de pause est indispensable pour ensuite pouvoir rebondir et construire un nouveau projet de vie (recouvrer ses droits, trouver un logement, entamer une formation ou commencer un nouvel emploi, etc.). Grâce à notre accompagnement psychosocial, les femmes pourront obtenir une aide personnalisée qui respecte leur trajectoire de vie et leur rythme.

Ce projet innovant est né d’un double constat : le nombre de femmes sans abri ou mal logées est largement sous-évalué et l’offre de services ne leur est pas adaptée alors qu’elles subissent plus de violences et de discriminations que leurs homologues masculins.

C’est ce qui est ressorti de notre étude-action menée en 2021.

La sous-évaluation du nombre de femmes sans abri est notamment liée à ce qu’on appelle le « sans-abrisme caché » qui les touche davantage : pour éviter la rue, elles dorment une nuit chez une amie, la suivante dans une voiture, etc. et finissent par passer sous les radars de l’aide sociale, disparaissant des statistiques.

Ayant pour la plupart connu des parcours de violences avant de perdre leur logement, ces femmes vont, une fois en rue, vivre à nouveau sous la constante menace d’agressions multiples. Elles adoptent donc des stratégies d’invisibilisation (masculinisation, déplacements incessants, manque d’hygiène comme repoussoir, etc.). Ces stratégies de survie les rendent non seulement invisibles, mais affectent aussi fortement leur santé physique et mentale.

Face à ces trajectoires faites de violences, l’offre de services proposée par notre secteur n’est pas (suffisamment) adaptée aux besoins des femmes : les structures mixtes ne fonctionnent pas car elles sont majoritairement occupées par des hommes et la mixité est insurmontable pour certaines victimes de violences graves. D’autant que ces espaces sont généralement exigus, contraignant les personnes à une promiscuité importante. De ce fait, les femmes évitent ces lieux, comme en attestent les chiffres de fréquentation de nos services.

Dans une démarche intersectorielle et avec l’aide d’un groupe d’expertes du vécu, nous avions développé une série de recommandations pour proposer des solutions dignes et durables adaptées aux besoins et attentes des femmes. La création d’un Centre de jour par et pour les femmes que nous inaugurerons prochainement en faisait partie.

Dans la lignée de nos valeurs, ce centre est basé sur la participation des bénéficiaires au développement du projet et vise leur émancipation. Grâce à une formation de l’équipe sur les violences de genre et sur l’ensemble des enjeux liés aux droits des femmes, il s’agit d’un lieu où les femmes pourront se sentir en sécurité et où leur expérience sera pleinement valorisée.

Cette nouvelle structure aura également un impact sur les enfants, qui représentent selon les statistiques un peu plus de 20% du public sans abri. On sait que les femmes sans abri sont régulièrement accompagnées de leur(s) enfant(s) dont elles ont la garde. En agissant sur les mères, nous évitons que la précarité ne se transmette de génération en génération et que ces enfants ne deviennent, à leur tour, des adultes sans abri ou en situation de précarité.