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Placement en institution et précarité : causes et alternatives 1024 576 L'Ilot

Placement en institution et précarité : causes et alternatives

Benoît Van Keirsbilck, directeur de Défense des Enfants International – Belgique, alerte sur la banalisation des mesures de retrait d’enfants de leur milieu familial. Il appelle à mieux faire respecter leurs droits, en soutenant les familles avant de les éloigner. Interview à découvrir dans le cadre de notre nouvelle publication sur les enfants placés pour cause de précarité qui paraîtra début septembre.

Pourquoi est-il important de parler des enfants placés en institution ?

Parce qu’ils et elles figurent parmi les enfants les plus vulnérables. En Belgique francophone, chaque année, près de 40.000 enfants sont placés dans des institutions, familles d’accueil ou services spécialisés. Cette séparation, censée rester une exception, est trop souvent une réponse à la pauvreté, faute de solutions de soutien adaptées.

Peut-on dire que le placement en institution est en soi un problème ?

L’accueil en dehors du milieu familial, peut être nécessaire, mais il ne doit jamais être une réponse à la misère. Or, les enfants vivant dans des familles pauvres sont surreprésentés dans les séparations familiales. C’est une injustice structurelle. Comme le rappelle la Cour européenne des droits de l’homme, vivre dans la précarité ne devrait jamais justifier une séparation familiale.

Alors, quelles alternatives au placement en institution faut-il promouvoir ?

La première responsabilité de l’État est de soutenir les familles pour qu’elles puissent remplir leur rôle. Cela passe par l’accès à un logement digne, une aide sociale suffisante, et des services de proximité. Il faut aussi développer l’accueil familial, bien accompagné, et mieux prendre en compte la parole de l’enfant dans toutes les décisions.

Les enfants ont-ils un droit à vivre avec leurs parents ?

Oui, c’est un droit fondamental. La Convention internationale des droits de l’enfant reconnaît que l’enfant a, autant que possible, le droit de grandir dans sa famille. Les parents ont la responsabilité première d’élever leurs enfants et de favoriser leur développement. Mais c’est aussi le devoir des États de leur fournir l’aide nécessaire pour qu’ils puissent assumer ce rôle.

Quels sont les engagements concrets des États dans ce domaine ?

Les États doivent mettre en place des politiques de prévention, de soutien aux familles en difficulté, et veiller à éviter les séparations non nécessaires. Cela implique notamment un accès réel à un logement, à des services sociaux et de santé, à l’éducation, mais aussi à un accompagnement dans la parentalité. N’oublions pas que la pauvreté résulte le plus souvent de l’inadéquation des politiques sociales. La limitation du droit au chômage dans le temps est un bel exemple d’une politique qui n’a pas pris en compte ses conséquences sur les enfants et les familles et qui va entraîner un nombre important de personnes dans une précarité accrue. Toute nouvelle législation devrait faire l’objet d’une évaluation relative à son impact sur les enfants et leurs droits (en anglais on parle de CRIA : child rights impact assessment).

Le fait d’être pauvre est-il un facteur de séparation des enfants de leur famille ?

Malheureusement, oui. De nombreuses études, comme la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, montrent que la pauvreté reste un facteur aggravant. Des enfants sont encore retirés de leur famille non pas parce qu’ils sont en danger, mais parce que leurs parents n’ont pas les ressources pour subvenir à leurs besoins. C’est une injustice profonde. Et ça coûte plus cher à la société, ça a été largement démontré.

Enfants placés et pauvreté en Belgique : les chiffres clés 

Pauvreté en Belgique

  • D’après une étude récente de Statbel sur la question, plus de 2,1 millions de Belges couraient en 2024 un risque de pauvreté ou d’exclusion sociale
  • Toujours en 2024, Bruxelles-Capitale est la région qui affiche selon Statbel le risque de pauvreté ou d’exclusion sociale le plus élevé (37,2 %) 

Répartition des risques de pauvreté en Belgique (source : Statbel) 

Pauvreté infantile en Belgique

  • 19 % des enfants belges vivaient dans la pauvreté en 2023 (Bureau fédéral du Plan)
  • 13,7 % des enfants de 0 à 15 ans souffraient en 2024 de privation matérielle spécifique à leurs besoins (Statbel)
  • Cette privation varie beaucoup selon les caractéristiques des ménages dans lesquels ils évoluent. Par exemple, elle touchait (en 2024) 23,4 % des enfants à Bruxelles, mais 18,5% en Wallonie et 9% en Flandre (Statbel) 

Inégalités dans la privation matérielle des enfants en fonction des ménages (source : Statbel)  

Les chiffres du placement d’enfants en Belgique

  • En Fédération Wallonie-Bruxelles, près de 7 000 enfants sont placés chaque année suite à la décision d’un juge (RTBF, 2024)  
  • Dans la région bruxelloise, 440 enfants étaient en attente d’une place en août 2024. La pénurie des places en institution ou famille d’accueil est telle que certain·es mineur·es sont même logé·es dans des hôpitaux (RTBF). 
sans abrisme
10 000 personnes sans abri : « Dans la misère, pas de Bruxelles prospère » 1024 576 L'Ilot

10 000 personnes sans abri : « Dans la misère, pas de Bruxelles prospère »

Photo : ©Arnaud Ghys

9 777. C’est le nombre exact de personnes qui vivent aujourd’hui sans logement stable à Bruxelles ; une hausse de 25 % en seulement deux ans ! C’est ce que révèle le dernier dénombrement publié ce 18 juin par Bruss’Help. Une réalité qui s’installe, au cœur même de notre capitale.

Face à l’augmentation inquiétante des chiffres, le secteur associatif et les entreprises bruxelloises demandent un engagement politique pour lutter contre le sans-abrisme.

Le dénombrement des personnes sans abri en chiffres

Le dernier dénombrement des personnes sans abri ou mal-logées à Bruxelles dévoile des résultats alarmants :

Près de 10 000 personnes en situation de sans-abrisme et de mal-logement dont :

  • plus de 1600 mineurs ;
  • près de 1000 personnes en rue, soit une augmentation de 20 % ;
  • plus de 2000 personnes en squats et en occupations temporaires.

En tant qu’organisations du secteur associatif et dirigeants d’entreprises implantées à Bruxelles, nous ne pouvons rester silencieux face à cette situation. Il est de notre devoir de se montrer unis et d’appeler ensemble à une réponse politique forte face à un défi qui touche notre région.

Cette demande se fait, par ailleurs, dans un contexte particulier. Un an après les élections régionales de juin 2024, la Région de Bruxelles-Capitale reste sans gouvernement. Cette situation de blocage politique ne peut justifier l’inaction face aux urgences économiques et sociales qui touchent les habitants, les entreprises qui y sont implantées et, plus largement, toute la société civile bruxelloise.

Une préoccupation partagée face au sans-abrisme

En effet, le sans-abrisme est un défi social évident, mais également socio-économique. Ses conséquences, en parallèle de la détresse humaine, alimentent le sentiment d’insécurité, nuisent à la qualité de vie urbaine et à l’attractivité de Bruxelles comme lieu de travail, de vie et d’investissement.

Ces dernières années, plusieurs entreprises ont exprimé leurs inquiétudes sur la dégradation du cadre de vie dans certains quartiers, comme dernièrement à la Porte de Namur. Le dernier dénombrement confirme ces signaux : l’exclusion s’enracine et s’étend.

Toutefois, nous ne pouvons souscrire à des one-shots hâtifs, sans réfléchir à leurs conséquences. Nous devons dégager des solutions durables et structurelles.

Dès lors, ensemble, nous appelons à des solutions concrètes de la part de nos responsables politiques autour de trois axes :

1. Créer du logement accessible pour l’ensemble des Bruxellois et des Bruxelloises

L’accès au logement est un maillon fondamental pour endiguer le sans-abrisme. Nous appelons à un renforcement de l’investissement ainsi qu’à libérer le potentiel de la construction de logements, en ce compris sociaux et à finalité sociale à destination des publics les plus précaires.

2. Renforcer les dispositifs sociaux et de santé dans leur accompagnement des personnes sans abri et mal logées

Les services d’aide aux personnes sans abri ne peuvent plus absorber les trop nombreuses demandes. Il faut dès lors renforcer les politiques qui permettent de diminuer le nombre de personne sans abri en vue d’une réintégration par le logement au sein de la société. Une pérennisation et une augmentation des moyens est nécessaire afin d’y faire face. Les politiques de réinsertion par le logement doivent être couplées à une prise en charge globale : santé physique et mentale, appui administratif, lutte contre les assuétudes, etc.

3. Agir pour une politique migratoire digne et réaliste

Aucune mesure ne permettra de résoudre le sans-abrisme sans apporter une solution structurelle aux personnes sans papiers et aux personnes demandeuses de protection internationale, laissées pour compte par le pouvoir Fédéral.

Les acteurs sociaux et le secteur économique, sont prêts à contribuer à ces enjeux en tant que partenaires.  

1. En investissant dans le logement abordable via des partenariats public-privé efficaces

Le secteur privé peut y contribuer, notamment via :

  • le soutien à la mise à disposition de biens immobiliers aux Agences Immobilières Sociales (AIS);
  • l’investissement et le financement de solutions de logement pour tous.

2. En soutenant un accompagnement renforcé des personnes vers l’autonomie

Les entreprises peuvent s’impliquer :

  • par des dons – de denrées alimentaires, de matériel, de compétences et financiers – aux associations ;
  • par l’offre de stages, d’emplois ou de formations notamment avec le soutien d’opérateurs comme Duo for a Job (pour développer le mentorat), Interskillar, Interface 3, etc. ;
  • en collaborant activement avec les CPAS, les opérateurs d’économie sociale ou les initiatives locales.

3. En agissant pour une politique migratoire inclusive

Une meilleure intégration par le travail, dès que cela est légalement possible, est indispensable.

Il est incohérent que des personnes aptes à travailler soient laissées sans droits ni perspectives.  Concernant les travailleurs sans papiers, une égalité de droits et un accès à un emploi légal doivent être garantis, par exemple en commençant par supprimer l’exigence de quitter le territoire pour obtenir un permis unique. Il s’agit d’une mesure essentielle, tant pour la dignité des travailleurs que pour la lutte contre le travail au noir.

Pourquoi nous mobilisons-nous contre le sans-abrisme ?

Parce que Bruxelles a un caractère à part en Belgique. Étant donné son statut de grande ville et de capitale, celle-ci est exposée à des défis hors normes. Des réponses spécifiques de l’État fédéral doivent y être apportées, notamment par un refinancement de la Région.

Parce que nous croyons que la cohésion sociale et la diversité sont un socle de prospérité durable.

Parce que l’image et l’attractivité de Bruxelles dépendent aussi de sa capacité à prendre soin des personnes les plus vulnérables.

Parce qu’une économie prospère et un marché du travail qui fonctionne pleinement sont essentiels pour sortir durablement de la pauvreté.

Parce que la ville de demain se construira avec tous ses habitants, pas au détriment des personnes les plus fragiles.

Parce que sans lutter contre la fracture sociale, nous ne pouvons construire une Bruxelles prospère et qui rayonne à sa juste valeur.

Signataires :

  • BECI – Brussels Enterprises Commerce and Industry, Lisa Isnard – Secrétaire Générale
  • AMA – Fédération des maisons d’accueil et des services d’aide aux sans-abri, Christine Vanhessen – Directrice
  • Fédération Bico, Birger Blancke – Directeur
  • L’Ilot, Ariane Dierickx – Directrice Générale
  • Infirmiers de Rue, Emilie Meessen – Coordinatrice
  • Asbl DIOGENES vzw, Laurent Demoulin – Directeur
  • DUNE asbl, Frédérique Bartholeyns – Codirectrice.
  • Smes, Tanya Proulx – Co-directrice
  • Samusocial, Sébastien Roy – Directeur Général

Personnes de contact :

FR : Louis Berny, Responsable de projets bruxellois de la Fédération des maisons d’accueil et des services d’aide aux sans-abri : 0477 07 27 48 – projets@ama.be

NL : Birger Blancke, Directeur de la Fédération Bico : 0494 47 04 24 – directeur@federationbicofederatie.be

pension Belgique : précarité personnes âgées
Pension en Belgique : la précarité des personnes âgées 1024 576 L'Ilot

Pension en Belgique : la précarité des personnes âgées

Pension en Belgique : plus de précarité pour les personnes âgées

Sommaire :

  • Un système de pension qui aggrave la précarité des personnes âgées
  • Vieillir dans la précarité : un phénomène en forte croissance
  • La pension, réel rempart contre la précarité des personnes âgées ?
  • Comment aider une personne âgée en situation de précarité ?
  • Sources 

Récemment amené par le gouvernement Arizona, l’accord de Pâques inclut une série de mesures qui touchent en profondeur le système sensible des pensions. De quoi nourrir l’inquiétude quand on sait que les prévisions de Statbel annoncent un vieillissement de la population belge dans les prochaines années.  

Déjà bien présente, la précarité des personnes âgées risque ainsi de s’aggraver de façon drastique. Une question se pose : vieillir demain en Belgique sera-t-il synonyme d’exclusion sociale ? 

Un système de pension qui aggrave la précarité des personnes âgées 

Afin d’inciter les Belges à prolonger leur carrière, le gouvernement a inscrit dans l’accord de Pâques un mécanisme de malus pension. Si vous souhaitez prendre votre retraite avant l’âge légal de 66 ans (67 ans en 2030), vous devrez ainsi subir une pénalité financière. La conséquence ? Les senior·es devront subvenir à leurs besoins durant une période allongée, alors même que beaucoup peinent à conserver un emploi ou à en retrouver un après 55 ans.  

Pour bénéficier du nouveau bonus-pension, vous serez obligé·e de travailler au-delà de l’âge légal de la retraite. Chaque année prestée augmentera alors un peu plus (2 %, 4 % ou 5 %) votre pension.  

Mais ce n’est pas tout. La limitation des allocations de chômage à 2 ans (dès 2026) charrie avec elle son lot d’inquiétudes. Pour être épargné·es par cette mesure, les 55 ans et plus devront prouver 30 ans de carrière (35 à partir de 2030). Le risque ? Une exclusion massive des chômeur·euses de cette catégorie d’âge… et un basculement dans la précarité pour les personnes âgées. 

Vieillir dans la précarité : un phénomène en forte croissance 

D’après une étude de Statbel, près de 20 % de la population belge courait déjà un risque de pauvreté ou d’exclusion sociale en 2024. Soit plus de 2 millions de personnes.   

On constate également que près de 18 % des 65 ans et plus étaient considéré·es comme « à risque de pauvreté », contre 13 % de la population globale. Autrement dit, les personnes âgées courent en Belgique un risque de pauvreté plus élevé que les autres. Le Bureau fédéral du Plan tire même la sonnette d’alarme : si aucune politique ne change la donne, cette situation préoccupante se dégradera dès le milieu des années 2050. 

Il est donc essentiel d’agir aujourd’hui, d’autant plus que le nombre de senior·es en Belgique explosera à l’avenir en raison d’un vieillissement démographique. D’après les projections de Statbel, le nombre de personnes âgées augmentera ainsi sensiblement dans les prochaines années.  

Si, en 2024, on comptait 28 personnes de 67 ans et plus pour 100 personnes de 18 à 66 ans, on en dénombrera 37 en 2040 et 43 en 2070. De quoi confirmer la thèse d’un vieillissement de la population.  

vieillissement démographique Belgique : précarité seniors

Proportion de personnes âgées de 67 ans et plus par rapport à la population en âge de travailler (source : Bureau fédéral du Plan

D’après les prévisions, l’espérance de vie moyenne augmentera pour atteindre, en 2070, 89,8 ans pour les femmes et 88,1 ans pour les hommes. Cette évolution génère ainsi des pressions sur le système de pension. D’ici 2040, on comptera un million de Belges de plus de 80 ans ! De nouvelles solutions doivent donc être trouvées pour garantir un équilibre économique. 

L’allongement de la durée de vie nécessite également une réflexion de fond quant aux structures d’accueil ou aux soins à domicile pour les personnes âgées. 

vieillissement démographique : pauvreté personnes âgées

L’évolution de l’espérance de vie à la naissance en Belgique (source : Statbel) 

La pension, réel rempart contre la précarité des personnes âgées ?  

Pour beaucoup de senior·es, la pension ne suffit déjà plus à couvrir un loyer, des soins médicaux ou même une alimentation décente. Il faut dire que le vieillissement à domicile coûte autour de 1 200 euros mensuels, sans compter les charges (loyer, énergie, nourriture, etc.). Avec un coût moyen de 2 084 € par mois, la maison de repos constitue dans ce paysage peu enviable un luxe inaccessible pour la plupart.  

Un·e senior·e sur quatre vit sous le seuil de pauvreté à Bruxelles. Quand il n’y a plus de toit, de proches ou de solutions, la rue devient la seule issue. Aucune alternative n’est proposée à celles et ceux dont la pension est trop faible. En Belgique, près de 5 000 personnes âgées vivent sans chez-soi. Quand on perd son logement, il ne reste que la solitude, l’invisibilité, le silence et la violence… 

 Dans ce contexte déjà compliqué, les mesures actuelles du gouvernement Arizona ne feront qu’exposer encore davantage nos aîné·es au risque du sans-abrisme.  

Comment aider une personne âgée en situation de précarité ? 

Chaque jour, L’Ilot lutte contre la précarité des personnes âgées avec des moyens adaptés.  

  • Nos Centres de jour (tels que Circé) offrent un répit essentiel : un repas chaud, une douche, une écoute bienveillante ou encore un accompagnement social.  
  • Nos Maisons d’accueil proposent plus qu’un toit : un lit, des soins, mais surtout un soutien psychosocial sur mesure pour retrouver un logement durable. 
  • Nos Cuisines et notre Recyclerie forment à l’emploi.  

Grâce à ces services d’accompagnement, nous permettons à des senior·es épuisé·es par la vie en rue de se reconstruire et de retrouver une place digne dans la société.  

 “L’Ilot m’a soutenu de tous points de vue. D’abord, avec un toit pour dormir. Ensuite, en m’aidant à régler mes problèmes de pension et à remettre ma mutuelle en ordre. Enfin, ils m’ont permis d’ouvrir un compte en banque car j’ai pu prendre mon adresse officielle dans la Maison d’accueil.” 

Jean-Pierre, usager de L’Ilot 

 À 68, 72 ou 79 ans, personne ne devrait dormir dehors. Grâce à votre don, nous redonnons un peu de chaleur, de sécurité et d’espoir à celles et ceux qui n’ont plus rien… hormis le poids des années. Face à cette injustice silencieuse, votre soutien peut tout changer. 

Vous pouvez devenir acteur·ice du changement. 

dénombrement sans abri Bruxelles
Dénombrement des personnes sans abri : résultats alarmants 1024 683 L'Ilot

Dénombrement des personnes sans abri : résultats alarmants

Photo : ©Arnaud Ghys

Sommaire :

  • Pourquoi ce dénombrement des personnes sans abri ou mal-logées à Bruxelles ? 
  • Les chiffres du dénombrement des personnes sans abri ou mal-logées à Bruxelles 
  • Le détricotage des politiques sociales : quel impact sur l’évolution du sans-abrisme ?   
  • Quelles solutions pour les personnes sans abri ou mal-logées ? 

Les chiffres du dernier dénombrement des personnes sans abri ou mal-logées à Bruxelles viennent d’être publiés par Bruss’help dans son rapport préliminaire 2025. Et le constat est alarmant : 9 777 d’entre eux.elles vivent sans chez-soi dans la capitale belge. Soit une augmentation de 25 % en seulement 2 ans !  

Une telle expansion du phénomène n’avait jamais été connue jusqu’à ce jour. À l’œuvre au niveau fédéral, le détricotage des politiques sociales annonce un futur sans promesses d’améliorations. Mais comment, dans une capitale européenne, tant de personnes peuvent-elles encore vivre cette situation ?  

Pourquoi ce dénombrement des personnes sans abri ou mal-logées à Bruxelles ? 

Le dénombrement, le fait même de compter, permet de mettre en lumière un phénomène souvent dissimulé. Cet effort de visibilisation pose ainsi les bases d’un pilotage plus juste des politiques publiques. Afin d’obtenir une cartographie la plus exacte possible, le dénombrement du nombre de personnes sans abri ou mal-logées à Bruxelles s’appuie sur une méthodologie robuste.  

Les chiffres du dénombrement des personnes sans abri ou mal-logées à Bruxelles   

Le dénombrement de 2022 recensait déjà 7 134 personnes sans chez-soi à Bruxelles. En 2024, ce sont cette fois 9 777 personnes sans abri ou mal-logées qui tentent de survivre dans la capitale. Cette hausse de 25 % démontre une aggravation claire du phénomène, qui s’explique par différents facteurs, comme l’explique le président de Bruss’Help : 

  • l’évolution significative de la pauvreté à Bruxelles ; 
  • l’augmentation abusive des loyers qui mène à des expulsions massives  
  • l’arrêt de l’accueil d’hommes seuls dans les structures de Fedasil. 
dénombrement sans abri Bruss'help

Pourcentage de personnes sans chez-soi dénombrées par profil (Source : Bruss’help) 

Mais ce n’est pas tout. Le nombre de mineurs·es et de femmes sans abri ou mal-logées a également explosé en l’espace de seulement deux ans : 

  • 2022 : on recense 1 283 femmes et 977 mineurs∙es sans chez-soi à Bruxelles ; 
  • 2024 : on compte 1 991 femmes et 1 678 mineurs∙es sans abri ou mal-logées dans la capitale.  
combien de sans abri à bruxelles

Répartition des personnes sans chez-soi selon l’âge et le genre (Source : Bruss’help) 

Le détricotage des politiques sociales : quel impact sur l’évolution du sans-abrisme ?   

L’accord des partis du gouvernement Arizona comporte une série de mesures qui concernent nos pensions, salaires et services publics, parmi lesquelles on retrouve : 

  • la diminution de la cotisation spéciale de sécurité sociale ; 
  • le rétablissement de la période d’essai ; 
  • la limitation des allocations de chômage à 2 ans ;  
  • le plafonnage des aides sociales des chômeurs·ses au salaire minimum ; 
  • l’introduction de malus (jusqu’à 404 € par mois) pour inciter les futurs·es pensionnés·es à ne pas anticiper leur retraite.  

Ces décisions qui remodèlent drastiquement les politiques sociales impliquent à terme une nouvelle accélération du sans-abrisme à Bruxelles. La baisse des ressources de l’aide sociale, le risque de saturation des CPAS, la facilitation des licenciements précoces, etc. : autant de conséquences concrètes qui menacent le maintien en logement, d’autant plus dans une ville où les loyers explosent 

Quelles solutions pour les personnes sans abri ou mal-logées ?  

Les chiffres du dénombrement de 2024 le démontrent encore : le sans-abrisme est une problématique de grande ampleur. Comment, dès lors, lutter contre le phénomène ? 

À L’Ilot, notre accompagnement des personnes sans chez-soi s’organise en 5 actions : 

  • accueil d’urgence : deux Centres de jour (dont Circé, dédié aux fxmmes) pour les besoins de première nécessité ; 
  • hébergement temporaire : quatre Maisons d’accueil pour se reconstruire et se stabiliser ;  
  • logement : une cellule de Captation et de Création de Logements (CCL), ainsi qu’un Service d’Accompagnement À Domicile (S.Ac.A.Do.) et un Service d’Installation en Logement (SIL) ;  
  • formation & emploi : les Cuisines et la Recyclerie de L’Ilot pour former à un emploi ;   
  • santé alimentaire : une collecte alimentaire pour proposer une alimentation saine et durable.

Soutenir le combat de L’Ilot, c’est faire un geste pour la fin du sans-abrisme à Bruxelles. 

kart être pauvre ça coûte cher
Kart #11 Être pauvre, ça coûte cher ! 1024 334 L'Ilot

Kart #11 Être pauvre, ça coûte cher !

Vivre dans la rue, c’est payer plus pour avoir moins

Centres d’accueil, services dédiés au logement, etc. Découvrez les solutions concrètes apportées par L’Ilot !

« Souvent, je saute des repas. Ça fait mal au ventre, mais au moins, je peux payer une nuit en auberge ou acheter un ticket de métro pour dormir au chaud ». – Julien*, 42 ans

personne sans abri être pauvre ça coûte cher

La nourriture, l’hygiène, le sommeil… Dans la rue, tout coûte plus cher. Chaque jour, des milliers de personnes choisissent entre manger et dormir, entre se réchauffer et se soigner. Une survie qui a un prix. Vivre dans la rue n’est pas gratuit, la rue vole tout : le pouvoir d’agir, la santé, la vie, l’espoir… On assiste à une véritable descente aux enfers pécuniaire, qui empêche une multitude d’hommes, de femmes et d’enfants sans abri ou mal-logés de remonter la pente de l’endettement.

Des centres d’accueil d’urgence

À L’Ilot, nos centres de jour sont des bulles de répit au milieu du chaos : un repas chaud, une douche, une laverie, un suivi psychosocial, etc. Un peu d’humanité dans une vie où tout manque. Mais faute de moyens, nous devons fermer ces centres deux jours par semaine. Deux jours sans solution, deux jours de trop.

« Il faut voir la réalité : prendre un rendez-vous chez un médecin, c’est la galère sans adresse de référence. Et un simple traitement pour une infection, ça peut me coûter jusqu’à 35 €, si j’ai de la chance… » Samira*, 29 ans

Grâce à vous, nous apportons des solutions concrètes à des centaines de personnes sans abri à s’en sortir. Chaque don est une chance supplémentaire que nos centres puissent rester ouverts tous les jours de la semaine.

Du logement avant tout

La crise est particulièrement vive à Bruxelles mais touche aussi la Wallonie : la proportion de logements abordables est globalement en diminution. En effet, le prix des loyers augmente plus vite que le pouvoir d’achat ; et l’écart se creuse, rendant l’équation quasiment insoluble.

Le logement social n’a, de plus, pas la capacité de faire face au problème : le parc n’a pas été suffisamment investi ces dernières années et est aujourd’hui largement insuffisant pour répondre à la demande. Cette situation pousse des ménages précaires à accepter des loyers qu’ils n’ont pas la capacité de supporter sur le long terme. La conséquence se fait souvent peu attendre : le nombre d’expulsions domiciliaires est ainsi, lui aussi, en augmentation.

 « Il y a des douches publiques, mais elles sont rares et payantes, entre 1 € et 3 € (soit un budget de 60 € par mois). Et encore, il faut acheter du savon, du shampoing, des protections périodiques… ». – Astrid*, 19 ans

personne sans abri être pauvre ça coûte cher

En 2022, 7 134 personnes sans abri ou en situation de grande précarité ont été recensées dans les rues de Bruxelles. Soit une augmentation de 18,9 % par rapport à 2020. Près de 25 % de ces personnes sont des enfants. Une réalité extrêmement préoccupante que nous combattons tous les jours, grâce à des services spécialisés :

Ces différents services logement incarnent la vision de notre asbl. Nous considérons, à L’Ilot, que le meilleur moyen de permettre à une personne de sortir du sans-abrisme est de lui proposer, aussi rapidement que possible, un logement couplé à un accompagnement. Cette approche défend le principe selon lequel un chez-soi digne est la base de tout, que l’on ne peut rien espérer construire de durable (alimentation, repos, santé, etc.) sans celui-ci.

* Prénom d’emprunt. Tous nos témoignages sont reconstitués d’après nos expériences de terrain pour préserver l’anonymat des personnes que nous accompagnons.

travail précaire
Kart #9 Temps plein, poches vides | Des fins de mois impossibles malgré un emploi : témoignages 1024 576 L'Ilot

Kart #9 Temps plein, poches vides | Des fins de mois impossibles malgré un emploi : témoignages

En Belgique, de plus en plus de travailleurs peinent à boucler leurs fins de mois, malgré un emploi à temps plein. Pour beaucoup, les salaires ne suivent pas l’augmentation constante des loyers. Suite à la sortie de notre nouvelle publication sur les travailleurs et travailleuses précaires, nous avons récolté plusieurs témoignages autour de nous, que ce soit à L’Ilot ou dans notre entourage, concernant la thématique du travail précaire. Tous et toutes témoignent d’un même constat : travailler ne suffit plus pour vivre décemment.

Sylvia*, 36 ans, travailleuse sociale

« On m’a souvent parlé de la règle des 30%. Une règle selon laquelle le loyer d’un appartement ne doit pas dépasser 30% des revenus d’un ménage. Je suis travailleuse sociale, mon conjoint travaille à temps plein lui aussi. Nous avons cherché pendant deux ans à nous loger à Bruxelles en tenant compte de cet adage des 30%. Force est de constater que c’est devenu impossible. Aujourd’hui pour se loger, il faut se mettre en danger financièrement. »

Zakaria*, 51 ans, père de 3 enfants

« C’est devenu impossible en 2024 de vivre convenablement de ses revenus. Avant mes quelques économies me permettaient parfois de partir en vacances, de faire l’un ou l’autre cadeau à mes enfants ou à mes proches. Aujourd’hui, elles m’autorisent tout juste à régler mes factures et à faire face à l’un ou l’autre imprévus. Je suis en permanence sur la corde. »

Blandine*, 24 ans, jeune travailleuse

« J’ai 24 ans, je travaille à plein temps, mais ça ne change rien : avec les garanties locatives de plus en plus élevées, aucun propriétaire ne veut de moi, même avec un emploi à plein temps. Les propriétaires demandent des montants incroyables, parfois jusqu’à trois mois de loyer en avance, juste pour accepter de me louer un appartement. C’est impossible pour moi, même avec un salaire régulier. J’essaie de montrer que je suis sérieuse, que je travaille et que je peux payer, mais c’est jamais suffisant pour eux. Je me retrouve à rester chez des amis ou à chercher des logements précaires parce que je ne peux jamais réunir ces garanties exorbitantes. C’est vraiment décourageant de se dire que, malgré mon travail, je ne peux même pas accéder à un logement stable. »

Jean-Pierre*, 70 ans, travailleur à la retraite

« J’ai pris ma retraite il y a trois ans, mais au lieu de me reposer, je dois continuer à travailler parce que ma pension ne couvre même pas le loyer. Je pensais pouvoir enfin souffler après une vie de boulot, mais entre les loyers qui explosent et les factures qui tombent chaque mois, je n’arrive pas à m’en sortir. C’est épuisant, je me demande souvent quand je pourrai vraiment profiter de ma retraite, ou si ce moment viendra un jour. »

Mariam*, 31 ans, travailleuse à plein temps

« Malgré mon salaire, le loyer engloutit plus de la moitié de ce que je gagne, et chaque mois, je me retrouve à devoir choisir entre payer mon loyer à temps ou me nourrir correctement. Même en travaillant à plein temps, j’ai l’impression que ce n’est jamais suffisant pour vivre décemment. Les factures s’accumulent, tout devient plus cher, mais mon salaire, lui, ne bouge pas. Ce n’est pas normal de travailler autant et de ne pas pouvoir boucler ses fins de mois. On bosse dur, mais on survit à peine. »

Moussa*, 19 ans, personne sans papiers

« Sans papiers, je galère déjà à trouver du travail, mais quand j’en trouve, c’est souvent pour des salaires de misère parce que certains abusent de ma situation. À la fin du mois, impossible de payer mon loyer correctement. Et en plus, je fais face au racisme : les propriétaires et les employeurs me ferment la porte juste à cause de mes origines. J’ai l’impression d’être coincé dans une double précarité, celle de ne pas avoir de papiers et celle d’être jugé sur qui je suis. »

Et vous ? Comment faites-vous face à cette situation ? Est-ce que votre travail vous permet de vivre de vos revenus ? Quel est le % de votre salaire que vous mettez dans votre loyer ? Est-ce que vous connaissez des personnes qui vivent la même situation ? Envoyez-nous votre témoignage en 4-5 lignes à presse@ilot.be. Nous en repartagerons certains d’entre eux de manière anonymisée sur notre page Instagram. Merci d’avance à tous et à toutes pour votre participation !

*prénom d’emprunt.

Kart #9 Temps plein, poches vides | Témoignages 1024 576 L'Ilot

Kart #9 Temps plein, poches vides | Témoignages

Extrait de la bande dessinée avec Abdel de Bruxelles « Un petit expresso sans sucre » qui retrace le parcours de Steph’, un indépendant qui n’arrive plus, malgré son travail, à s’en sortir financièrement.

Des « costumes-cravate » sans chez-soi : la réalité de l’accueil des travailleuses et travailleurs précaires parmi nos publics n’est pas neuve. Équipe sociale et résident·es de nos maisons d’accueil témoignent.

« La tendance est à la hausse »

C’est ce que confirme Alexandra Todeanca, coordinatrice de la Maison d’accueil pour hommes de L’Ilot à Bruxelles. « De plus en plus, nous devons adapter notre accueil à celui de personnes dont le quotidien est de se lever pour aller travailler. Ce n’est évidemment pas la même dynamique d’accompagnement social. »

Des résidents et résidentes qui, bien qu’ayant un emploi, ne parviennent pas à subvenir à leurs besoins essentiels, notamment en matière de logement. Face à la hausse des loyers et à l’insuffisance des revenus, ils et elles se retrouvent dans nos Maisons d’accueil, en dépit de leur activité professionnelle. L’Ilot oeuvre activement pour apporter des solutions structurelles, en plaidant pour une meilleure protection sociale et un accès au logement décent pour toutes et tous ; et, ainsi, freiner l’engrenage infernal dans lequel les personnes vivant en rue tombent irrémédiablement, qu’elles soient travailleuses ou non.

« Aujourd’hui, mon travail ne me protège pas »

Sayli a 29 ans et avait, jusqu’il y a peu, toujours « connu les semaines pleines ». D’abord en salle puis en cuisine, comme « chef » et toujours dans « de grands restaurants ». Le genre de lieu « dans lequel on ne chôme pas ». Des journées de douze heures, six jours par semaine, Sayli connait. D’Atlanta à La Havane en repassant régulièrement par Bruxelles, Sayli mènera pendant des années une vie de backpacker en toque. Pour ses proches, il mène surtout « la grande vie » à l’autre bout du monde. Pour lui, il « se décarcasse pour vivre de sa passion ».

Il paie ses loyers par tranches, enchaîne les heures supplémentaires et les sacrifices qui vont avec. Les dérives aussi : alcool et dépendances le mèneront à un retour précipité en Belgique. Ses proches « tombent de haut ». Lui, fait profil bas. « Avant, pour eux, j’avais l’argent, la voiture, les costumes. Mais c’était plus une façade que le vrai moi. Qui devient riche grâce à son travail ? Eux pensaient que j’avais trouvé ma voie, moi j’étais conscient d’être en train de ruiner ma vie. » S’en suivront neuf jours en rue, ses premiers sans travailler depuis treize ans. Aux nuits dans le métro se succèdent les journées d’errance.

Un appel avec sa sœur lui fera connaitre L’Ilot et sa Maison d’accueil pour hommes, « Le 38 », qu’il intègre en juin dernier. Quelques jours plus tard, revigoré, Sayli trouvera un travail « en deux heures, mais dans un Carrefour Express ». Un temps plein, mais pas franchement le boulot de ses rêves pour celui qui entame en parallèle des études pour devenir éducateur spécialisé. Sayli ne perd pas la face mais ne veut pas que sa situation soit connue de ses collègues. « Ce serait trop louche. » Alors, « pour eux », il est « le bon samaritain toujours bien sapé » qui va porter les invendus du jour « aux SDF ». Pour ses nouveaux colocataires de L’Ilot, il est le travailleur qui ramène des petits plats préparés en fin de journée. Une double vie que Sayli accepte de mener de front, sans sourciller. « Aujourd’hui mon travail ne me protège pas, pour ça il y a L’Ilot, mais je me dis que c’est une étape vers le retour à l’autonomie. »

bd travail précaire
Kart #9 Temps plein, poches vides | Entretien avec Philippe Defeyt 1024 576 L'Ilot

Kart #9 Temps plein, poches vides | Entretien avec Philippe Defeyt

Extrait de la bande dessinée avec Abdel de Bruxelles « Un petit expresso sans sucre » qui retrace le parcours de Steph’, un indépendant qui n’arrive plus, malgré son travail, à s’en sortir financièrement.

Économiste et ancien président du CPAS de Namur, Philippe Defeyt pose un regard critique sur la précarité grandissante des travailleurs et travailleuses en Belgique. Face à un système inadapté aux nouvelles réalités du travail, il questionne les outils actuels de mesure de la pauvreté et propose des réformes structurelles.

La pertinence relative des indicateurs de pauvreté

Pour Philippe Defeyt, il est indispensable de revoir la manière dont nous mesurons la pauvreté. « Le taux de pauvreté tel quʼon le calcule aujourdʼhui, à partir du revenu médian, ne reflète pas la réalité vécue par beaucoup de personnes. On peut très bien ne plus être pauvre selon les statistiques mais rester dans des conditions de vie précaires ou à lʼinverse être pauvre selon lʼindicateur mais bénéficier dʼaides matérielles multiples (logement social, déplacements gratuits, tarif social gaz, etc.) qui, de fait, protègent de la pauvreté. »

L’indicateur de pauvreté ignore des éléments comme le surendettement ou les coûts liés à la santé, qui affectent pourtant directement le niveau de vie. Philippe Defeyt plaide pour des indicateurs prenant en compte les dépenses réelles nécessaires pour mener une vie digne. « En Wallonie, si demain toutes les personnes en situation de pauvreté accèdent à des logements sociaux, voient leurs dettes effacées et reçoivent des repas gratuits, le taux de pauvreté tel qu’il est mesuré aujourd’hui resterait inchangé, car il ne se base que sur le revenu ! »

Il évoque également l’évolution des définitions de la pauvreté, qui restent des choix politiques ancrés dans leur époque : « Quand lʼEurope a décidé quʼune personne était considérée comme pauvre quand elle nʼatteignait pas 60 % du revenu médian – alors que la norme jusque-là était en Belgique de 50 % du revenu moyen -, le taux de pauvreté a presque doublé dans notre pays, passant de 7 % à 15 % ! Ce quʼil faut aujourdʼhui, ce sont des indicateurs qui reflètent le niveau de vie réel, et pas seulement les revenus. » 

Les travailleurs et travailleuses pauvres et le risque de sans-abrisme

Sur la question des travailleurs et travailleuses précaires, Philippe Defeyt met en garde contre les amalgames. « Dire quʼun travailleur est pauvre simplement parce quʼil a un salaire bas brouille les cartes. Ce qui compte, cʼest le ménage dans lequel il vit : le même salaire si vous êtes isolé ou si vous avez trois personnes à charge ce nʼest pas la même chose. »

L’instabilité des contrats (intérim, CDD, flexijobs) expose des travailleurs et des travailleuses à un risque accru de précarité. « Plus les revenus sont fractionnés, plus le risque de devenir un ou une travailleuse pauvre est élevé. Et si ces personnes perdent leur emploi, elles risquent de ne jamais atteindre les quotas nécessaires pour ouvrir leurs droits au chômage. La législation nʼest tout simplement pas adaptée à leur situation. »

Sans oublier que la précarité dans l’emploi a aussi une dimension de genre : les emplois à temps partiel, les contrats à durée déterminée, concernent davantage les femmes que les hommes. « Aujourdʼhui, nous vivons dans une société où des personnes perçoivent des pensions de 6 000 euros tandis que dʼautres, souvent des femmes, doivent se contenter de moins de 800 euros par mois. Cʼest indéfendable. »

Philippe Defeyt s’inquiète également de l’augmentation du sans-abrisme, particulièrement à Bruxelles. « La situation est en train d’empirer, et ce nʼest pas uniquement dû aux sans-papiers. Même en les excluant des chiffres, le nombre de personnes sans abri augmente. Et derrière cette réalité, il y a souvent des parcours de vie marqués par des problèmes de santé mentale qui aggravent leur précarité. » Il rappelle que pour certaines personnes, des programmes comme « Housing First » (qui proposent un logement stable avant tout autre accompagnement) fonctionnent bien, mais que ce n’est pas une solution universelle, insistant sur l’importance de la recons-truction d’un réseau social autour de la personne (ndlr : comme le fait S.Ac.A.Do., le service d’accompagnement à domicile de L’Ilot).

bd travail précaire
Kart #9 Temps plein, poches vides | Éditorial 1024 576 L'Ilot

Kart #9 Temps plein, poches vides | Éditorial

Extrait de la bande dessinée avec Abdel de Bruxelles « Un petit expresso sans sucre » qui retrace le parcours de Steph’, un indépendant qui n’arrive plus, malgré son travail, à s’en sortir financièrement.

Les crises successives – financière, économique, sanitaire, sociale – ont fragilisé notre société, frappant durement les travailleuses et travailleurs précaires. Notre association, active contre le sans-abrisme, en témoigne quotidiennement : des milliers de personnes font face à l’insécurité de l’emploi, à la perte de logement et à une érosion progressive de leurs droits.

Un peu partout dans le monde, l’extrême-droitisation des débats politiques a notamment pour conséquence de marginaliser les personnes les plus fragiles. En Belgique, la récente modification du paysage politique annonce des réformes qui semblent privilégier la flexibilité du travail au détriment de la sécurité. Dans un climat d’installation de nouveaux gouvernements à différents niveaux de pouvoir, il est crucial de remettre les droits des travailleurs et travailleuses précaires au centre du débat.

À L’Ilot, nous refusons de traiter uniquement les symptômes de la précarité. Nous offrons un accompagnement global, avec l’objectif que les personnes puissent retrouver une stabilité professionnelle et une autonomie durable. Collaborant au quotidien avec les autorités politiques et publiques, nous plaidons pour des réformes politiques ambitieuses, ciblant le logement abordable, l’automatisation des droits, la sécurisation de l’emploi, l’individualisation des droits sociaux ou encore l’accès aux services de santé mentale.

Notre pays, nos régions, doivent devenir des territoires de solidarité, où chaque travailleur ou travailleuse pourra retrouver dignité et espoir. C’est dans cet esprit que nous collaborons avec Abdel de Bruxelles, auteur de BD engagé, qui a à coeur de mettre en lumière les souffrances liées au travail précaire. Son oeuvre, dont vous pourrez
admirer les prémisses dans ces pages, sera bientôt disponible via tous nos canaux de communication.

Bonne lecture !

Ariane Dierickx, directrice de L’Ilot

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