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La Kart #2 témoignage 1024 515 L'Ilot

La Kart #2 témoignage

Antoine a dix-sept ans.
Il vivait avec sa mère,
son beau-père et les enfants de ce dernier.
L’enfer de la rue, il le connait déjà.

l’appart il était trop petit pour tout le monde
on m’appelait pas pour manger mon beau-père
il me disait de la fermer y avait pas d’assiette pour moi
pas de couverts rien
ils allaient voir papy et mamy on me disait rien
c’était tout pour les petits rien pour moi
ils m’ont trop mis des bâtons dans les roues
je sais pas comment expliquer
moi je voulais juste draguer les filles faire
de la musique la fête avec des copains vous voyez
mon beau-père
mon beau-père c’était pas ça
mes notes ça n’allait pas
je faisais toujours trop de bruit
j’étudiais pas assez je sortais trop
j’allais pas droit j’aurais dû
alors quand il me frappait
ben voilà
voilà

tu dis c’est juste quelques jours madame j’ai quelques problèmes
mais ça va je vais m’en sortir vous en faites pas
mais non ça va pas
j’ai nulle part où aller
quand je suis parti mon beau père gueulait que j’avais pas intérêt à revenir
ma mère pleurait
elle disait rien elle est restée avec lui elle est restée et puis
désolé
j’ai pas tenu longtemps je veux dire l’école dormir chez des potes
et puis quels potes ils étaient pas là
de toute façon leurs parents ils veulent pas que je traîne avec eux
je suis pas comme il faut
on me regarde partout où je vais on se fout de moi
tu vois d’un coup tu comprends que tu peux compter sur personne
alors faut partir là où on te connait pas

quand t’es trop déprimé y a toujours des gens dans le centre
tu vois des gars qui font la fête ils sont bourrés ils comprennent pas vraiment
ce qui se passe ils s’en foutent d’où tu viens
si tu t’en sors bien tu deviens pote ils te paient des bières te passent
une clope ou deux tu te sens moins seul
mais ça dure pas longtemps
tu vas les suivre dans les bars ils te filent des trucs
des machins
tu vois ce que je veux dire
sur le coup tu crois que t’es bien mais non
après c’est pareil y a nulle part où aller
chez ma mère laisse tomber non
non
j’espère pas qu’elle m’attend
peut-être qu’elle le fait c’est possible je sais pas
dormir sur un banc c’est galère sérieux
vas-y tu tires sur ta dernière cigarette
dans le noir et tu entends des bruits autour de toi
qu’est-ce que tu fais
alors tu marches et tu marches toute la nuit
t’attends le soleil c’est sans fin
peut-être qu’il y a une place après dans un centre
quelque part
et là t’as la rage parce que tu te dis merde
si c’est déjà comme ça maintenant
qu’est-ce ça sera à dix-huit ans est-ce que je suis foutu
est-ce que je suis foutu

La Kart #2 chiffres et terminologie 1024 576 L'Ilot

La Kart #2 chiffres et terminologie

25,5 %

20%

4 enfants sur 10

20,6%

933

1 enfant sur 4

de taux de chômage chez les moins
de 24 ans (c’est-à-dire de jeunes
inscrit·e·s comme chercheur·euse·s
d’emploi auprès des organismes
publics de recherche d’emploi tels
que Actiris ou le Forem. Ce chiffre
n’inclut donc pas le chômage invisible
des jeunes non-inscrit·e·s…).

de ces jeunes chômeur·euse·s sont
également inscrit·e·s au CPAS.

naissent, à Bruxelles, dans une
famille qui vit au-dessous du
seuil de pauvreté.

des enfants belges vivaient avant
la crise liée au COVID-19 dans
des foyers « pauvres ». On s’attend
à ce que ce chiffre monte à 25 %
après cette crise.

mineur·e·s ont été recencé·e·s en
2020 comme étant sans abri, une
augmentation de 50,7 % en deux
ans (recensement de Bruss’Help
en Région de Bruxelles-Capitale).

grandit dans un ménage sans
revenus du travail à Bruxelles.

Incasables

Ce terme vient des secteurs de l’Aide à la
jeunesse, de la santé mentale et du secteur
du handicap pour désigner des jeunes à
la croisée de ces trois secteurs et qui ne
trouvent pas de services adaptés à leurs
besoins. Les jeunes ont mis à l’épreuve,
voire en échec, les accompagnements mis
en place par les institutions. C’est aussi
le titre d’un documentaire réalisé par le
Forum contre les inégalités, que nous vous
recommandons.

130 jeunes dits « incasables » en Fédération Wallonie-Bruxelles.

NEET

Ce sont des jeunes qui ne suivent ni
enseignement ni formation et ne sont
pas à l’emploi (« Not in Employment,
Education or Training »). On peut être
« NEET » sur une durée très courte, sans
risque de tomber dans la précarité, ou
au contraire le devenir durablement et
sortir du système. Cette définition mérite
d’être questionnée car elle repose sur des
négations alors que ces jeunes sont le plus
souvent dynamiques et en action. D’après
l’IWEPS (Institut wallon de l’Évaluation,
de la Prospective et de la Statistique), cela
concernait en 2020 (c’est-à-dire avant la
crise liée à la pandémie) 14,1 % des 18-
24 ans en région bruxelloise, 14,8 % en
Wallonie, 8,8 % en Flandre.

14,1 % de NEET en Région bruxelloise en 2019.

MENA

Mineur·e·s Étranger·ère·s Non
Accompagné·e·s : il s’agit de jeunes
d’origine étrangère, arrivé·e·s en Belgique
sans leurs parents ou représentant·e·s
légaux·ales. Certain·e·s entament la
procédure de demande d’asile, mais
beaucoup ne le font pas car ils ou elles
espèrent continuer leur chemin vers un
autre pays européen. Cela fragilise encore
davantage leur situation. Ces jeunes
fuient souvent une grande précarité et
ont, parfois, déjà connu la rue dans leur
pays d’origine. En raison de leur parcours
traumatique de migration et de leur
situation difficile en Belgique, ils ou elles
développent fréquemment des assuétudes.

93 MENA en Fédération Wallonie-Bruxelles au 1er décembre 2019.

Jeunes en errance

Les jeunes en errance sont des jeunes
âgé·e·s de 12-13 ans jusqu’à parfois
25 ans. Ils ou elles ne sont pas
toujours sans domicile au sens strict
mais en mouvement continu entre
amis, hébergement social, famille,
lieux publics, squats, etc. Ces jeunes
vivent des désaffiliations (scolaire,
familiale, institutionnelle). Leur errance
géographique rend leur suivi très difficile,
d’où l’idée de créer un point d’ancrage
grâce au nouveau dispositif d’accueil
Macadam auquel L’Ilot collabore
activement. Ce dispositif d’accueil se veut
inconditionnel et à bas seuil. Pour en
savoir plus, lisez l’entretien sur l’initiative
Macadam avec sa présidente Madeleine
Guyot et Simon Niset, directeur d’une
de nos maisons d’accueil pour hommes à
Charleroi.

La Kart #2 jeunes en errance 1024 576 L'Ilot

La Kart #2 jeunes en errance

Jeunes et sans-abrisme, comment en parler ? La réalité est si complexe. Chaque jeune a son parcours et ses problématiques propres. Il n’y a pas de « one size fits all », de solution standard qui s’appliquerait indifféremment à tous et toutes. Et ne traiter que la question du logement ne suffit pas.

Car un·e jeune sans abri, c’est un·e jeune qui est en rupture familiale, ou scolaire, ou les deux. Il ou elle a peut-être subi des violences ou est né·e dans un foyer en grande précarité, ou les deux. Il ou elle est chargé·e de son bagage de traumatismes, est peut-être passé·e par la case délinquance pour survivre ou s’est réfugié·e dans l’alcool ou la drogue pour échapper à sa situation, ou tout à la fois.

Derrière ce terme « jeunes », il peut donc y avoir une très jeune femme qui s’est enfuie d’un foyer violent, un mineur non accompagné arrivé en Belgique après une migration douloureuse et traumatisante, un jeune homme dont le nouveau beau-père ne voulait plus après un remariage, ou une jeune fille avec un léger handicap que la famille n’a pas comprise ou a rejetée. Il peut aussi y avoir cet enfant ayant grandi dans une famille en difficulté, pris en charge par l’Aide à la Jeunesse, devenu de plus en plus opposé à toute forme de prise en charge institutionnelle, en conflit avec un « système » perçu comme trop peu à l’écoute, trop cadrant, trop figé... et, indirectement, trop violent aussi.

Durant son parcours de vie, les adultes qui devaient le ou la porter ont failli. Le ou la jeune se sent abandonné·e voire rejeté·e par la société et c’est bien compréhensible. Cette société lui demande à la fois de se prendre en charge de plus en plus tôt, tout en ne lui donnant pas les moyens de le faire. Les jeunes doivent gagner leur vie, payer leur logement, s’assumer en somme : mais il n’y a plus d’emploi et les loyers sont trop élevés. Faut-il encore préciser que la COVID et ses conséquences n’ont fait qu’aggraver la situation ?

Un·e jeune qui n’a pas de logement fixe, c’est un·e jeune qui fait face à trois errances : physique (d’un lieu à l’autre), institutionnelle (d’un service à l’autre) et psychologique (d’une situation insécure à une autre, sans port d’attache). Ces jeunes dorment tantôt chez des ami·e·s, tantôt dans des lieux publics (la rue, une station de métro, un cinéma, etc.), tantôt en hébergement social... Ils et elles s’éloignent des institutions (et donc du recours à leurs droits) car celles-ci sont devenues inaccessibles, inappropriées et synonymes de violences. À L’Ilot, nous parlons ainsi de jeunes en errance plutôt que de jeunes sans abri. Parce que ces jeunes sont constamment en mouvement et se méfient des structures institutionnelles, les accompagner est particulièrement difficile.

C’est pourquoi, fin 2020, nous avons participé activement à la création du centre de jour Macadam pour jeunes en errance, qui a ouvert ses portes en juillet 2021. Macadam a précisément pour mission de créer un point d’ancrage, un endroit où ces jeunes pourront venir et revenir, se poser et se reposer et où une relation de confiance pourra se tisser. Afin de prendre en compte la réalité complexe de chacun·e de ces jeunes, ce projet a été créé dans une démarche intersectorielle avec des acteurs des secteurs du sans-abrisme, de la jeunesse et de l’aide à la jeunesse, de la lutte contre les inégalités et de la santé mentale (Le Méridien, Le Forum Bruxelles contre les Inégalités, la Ligue bruxelloise pour santé mentale, les AMO Cemo, Abaka et SOS jeunes).

Car la situation, malheureusement, se détériore d’année en année : non seulement le nombre de jeunes en errance ne cesse de croître, mais ils et elles sont confronté·e·s au sans-abrisme aussi beaucoup plus tôt dans leur parcours de vie. Rien qu’à Bruxelles, cela concerne plus de 900 mineur·e·s, une augmentation de 50,7 % par rapport à 2018 !

Mais nos équipes restent optimistes et déterminées : il est hors de question de laisser tomber notre jeunesse. Les pistes de travail sont claires : créer des lieux désinstitutionnalisés où les jeunes peuvent dire en toute liberté qui ils et elles sont, comment ils et elles se projettent dans la vie ; travailler en intersectorialité pour mieux les accompagner dans la globalité et la complexité de leur parcours et dans la spécificité que représente l’étape « jeunesse » ; les écouter et leur permettre de participer aux solutions qui les concernent. Nos jeunes, ces jeunes en particulier, doivent pouvoir retrouver la place qui devrait être la leur dans la société : celle de l’espoir et de l’avenir. Pour cela, nous devons pouvoir les regarder et les considérer comme des personnes et non comme des problèmes.

Il est urgent que les acteurs et actrices de la vie politique recréent de la confiance en les écoutant, plutôt qu’en leur imposant une vision de la société qui ne leur correspond pas.

Car il s’agit de leur redonner leur dignité et leur place dans notre société. Ces jeunes le méritent. Collectivement, nous ne pouvons pas, à nouveau, leur faire défaut.

Ariane Dierickx, Directrice générale de L’Ilot

Bernard de Vos, Délégué général aux droits des enfants

ISSUE : un projet innovant d’accompagnement et d’inclusion par le logement temporaire 150 150 L'Ilot

ISSUE : un projet innovant d’accompagnement et d’inclusion par le logement temporaire

En date du 1/07/2023 et depuis le début du projet en mars 2020 :
- 93 personnes sans-abri ont intégré 39 logements ISSUE, grâce à une collaboration avec 5 partenaires-logement.
- 102 personnes sans-abri ont été accompagnées dans le cadre d’ISSUE, y compris des squatteurs.euses, les ami.e.s et la famille des personnes en logement temporaire.
- Pour 19 personnes, le logement temporaire a été un tremplin vers le logement durable.
- Pour 18 personnes, le logement temporaire a permis une mise en ordre administrative.

Pourquoi ? 

Constatant que le nombre de personnes sans-abri augmente en Région de Bruxelles-Capitale, que de nombreux logements restent vides à Bruxelles, et que les centres d’hébergement sont saturés, L’Ilot, DIOGENES, le Smes, Pierre d’Angle et le New Samusocial ont décidé de mutualiser leurs expertises pour créer ISSUE. Ce projet innovant nait de la volonté de penser les choses différemment et de proposer une alternative complémentaire aux dispositifs existants dans le secteur d’aide aux personnes sans-abri. 

ISSUE saisit l’opportunité de logements individuels temporairement inoccupés pour permettre à des personnes sans-abri de s’y installer provisoirement et d’offrir à celles-ci un accompagnement psychosocial individualisé et sur-mesure. 

Pour qui ? Comment ? Une équipe mobile, pluridisciplinaire, multi-acteurs et une méthodologie innovante. 

Le partenariat ISSUE regroupe des acteurs représentant différents volets du secteur de la lutte contre le sans-abrisme (travail de rue, urgence, santé mentale, logement) qui mutualisent leurs expertises. L’accompagnement des personnes bénéficie dès lors de la complémentarité des approches au sein de l’équipe pluridisciplinaire de travailleuses et travailleurs. 

Le projet ISSUE, financé par la COCOM et soutenu par Bruss’help, se concrétise grâce à des conventions d’occupation précaire signées avec des opérateurs du logement, publics ou privés, tels que des Sociétés Immobilières de Service Public (SISP), des Agences Immobilières Sociales (AIS), CityDev (Société de Développement pour la Région de Bruxelles-Capitale) ou d’autres partenaires qui voudraient contribuer à la réalisation de la mission d’ISSUE.  

La méthodologie du projet s’articule autour de trois axes/objectifs qui s’adressent chacun à un public particulier :  

Axe 1 - l’insertion par le logement via un coaching intensif - vise des personnes ou familles disposant de revenus stables et désireux·ses de retrouver un logement durable ou ayant besoin d’une période tampon pour préciser leur projet de logement. 

Pour cet objectif, l’intérêt spécifique de l’occupation précaire est la possibilité d’une expérience de logement hors des contraintes d’un bail classique qui permet une préparation approfondie en vue de l’entrée en logement durable (ex : identification des points à travailler pour maximiser les chances de maintien en logement, précision du projet logement). Par ailleurs, la stabilité offerte par le logement individuel temporaire permet une meilleure adhésion au coaching, et facilite la présence des personnes aux démarches administratives.  

C’est la Cellule Captation et Création de logements qui est l’opérateur de terrain pour cet axe. 

Axe 2 - Répit, repos et ouverture de droitsvise des personnes ou familles sans abri en rue, avec ou sans papiers, avec ou sans revenus qui ont soit besoin de repos physique et/ou psychique et/ou dont l’objectif est une mise en ordre administrative.  Cet axe cible aussi des personnes (auto) exclues des dispositifs d’urgence sociale. 

La valeur ajoutée de l’occupation précaire pour cet objectif découle de la possibilité de domiciliation et de gratuité du logement permettant de travailler à la remise en ordre administrative, à l’ouverture des droits, à l’adhésion à l’aide et aux soins, notamment pour des personnes en statut précaire. Par ailleurs, le seuil de tolérance est souvent plus adapté en cas de conflit de voisinage. 

Ce sont les trois associations DIOGENES, Pierre d’Angle et le New Samusocial qui sont les opérateurs terrain pour cet axe. 

 Axe 3 -  Accès à un logement de transit en vue d’une (ré)intégration dans un logement de type ‘Housing first ’ – s’adresse à des personnes sans-abri particulièrement fragiles en raison d’un cumul de problématiques notamment de santé mentale et d’assuétudes qui visent une sortie définitive de la rue mais qui ne sont plus en mesure temporairement de fonctionner avec les contraintes d’un logement classique. 

Pour ces personnes, bénéficier d’un logement ISSUE et d’un accompagnement psycho-médico-social global, permet un accompagnement (intensif) à la recherche d’un logement pérenne et constitue un tremplin vers le logement durable. 

DIOGENES et le Smes sont les opérateurs terrain pour cet axe

 Logements /Bâtiments mis à disposition d’ISSUE depuis le début du projet :

Dénomination du site  Opérateurs logement  Nombre de logements  Durée d’occupation  Statut 
Peterbos  SISP Comensia  7  7 mois 

03/2020 – 09/2020 

Clôturé 
Grande Haie  SISP Log’Iris  3  17 mois 

03/2020 – 07/2021 

Clôturé 
3 pommiers  AIS les trois pommiers  13  36 mois 

01/2021 – 12/2023 

En cours 
Ganshoren   CityDev  1  57 mois 

02/2020 – 10/2024 

En cours 
Trèfles  CityDev  1  27 mois 

04/2022-06/2024 

En cours 
Dubrucq  SISP Logement Molenbeekois  14  28,5 mois  

03/2023 – 07/2025 

En cours 

L’occupation du bâtiment situé avenue Dubrucq à Molenbeek est réalisée en partenariat avec l’asbl  Communa qui assure la gestion locative.  

Hôtel solidaire : de l’importance de jouer les prolongations 661 1024 L'Ilot

Hôtel solidaire : de l’importance de jouer les prolongations

 

 

A situation exceptionnelle, solution exceptionnelle. Le projet Hôtel solidaire a été lancé quelques semaines après le premier confinement. Les nouvelles mesures liées à la situation sanitaire engendraient en effet de nouvelles difficultés pour le public sans-abri. Ce projet était d'un tout nouveau genre. Créé initialement dans l'urgence, les prolongations successives dont il a fait l'objet ont cependant permis à la fois de révéler les avantages de cette méthode innovante, fruit d’une démarche sectorielle, et de permettre à certaines personnes hébergées de sortir du sans-abrisme grâce à un accompagnement vers la mise en place de solutions durables.

Rencontre avec Esther Jakober, chargée de projet à la cellule Capteur et Créateur de Logements et Sarah Goffin, coordinatrice pour les projets Hôtel et Issue.

Comment a démarré l’aventure Hôtel Solidaire ?

Esther Jakober : L’Ilot a démarré sa prospection d’hôtels fin mars, début avril 2020. Un premier hôtel a été trouvé au centre-ville après de longues recherches... Nous avions établi un fonctionnement idéal sur papier mais comme il s’agissait d’une première expérience, le concept a été amélioré au fur et à mesure des prolongations. Le fait de dépendre de prolongations n’a pas facilité les choses : nous n’avions aucune certitude concernant la durée du projet, nous avons donc recruté des travailleurs/euses pour des durées courtes, et l’incertitude a engendré un gros roulement au niveau du personnel. Nous avons acquis une certaine stabilité dès le mois de septembre 2020 grâce à la perspective de déménager le projet dans un nouvel hôtel et la prolongation du projet jusqu’en juin 2021. Ça nous a permis de mettre un fonctionnement plus solide en place comme une coordination sociale au sein du lieu. Celle-ci a contribué à structurer l’accompagnement.

Sarah Goffin : De mon côté, je me suis greffée au projet dans une phase de stabilisation avec l’arrivée dans un hôtel qui, en termes d’infrastructure, se prête beaucoup mieux à la gestion de ce nouveau dispositif d’hébergement d’urgence. Les parties communes sont beaucoup plus grandes, agréables et permettent de mettre en place plus de choses.

EJ : En pleine crise Covid, il a fallu trouver des solutions d’urgence. Or, il est important de pouvoir se poser pour monter un tel projet, trouver les bons lieux, entrer dans des négociations, etc.

Le milieu hôtelier était-il demandeur de tels projets ?

EJ : Au début, ce n’était pas si évident car personne ne pensait que la situation allait durer si longtemps. Les hôtels n’étaient donc pas forcément enthousiastes à l’idée d’accueillir notre public. Nous avons sondé quelques hôtels jusqu’à ce que l’on trouve un premier hôtel qui lui s’est montré directement intéressé.

La prolongation des mesures a suscité davantage d’intérêt de leur part ?

EJ : Des hôtelier·e·s nous ont ensuite proposé spontanément leur établissement. Nous n’avons pas pu répondre à leur demande : la mise en place de l’accueil de notre public dans un hôtel demande, outre son financement, une véritable organisation en termes d’infrastructure, de logistique, d’accompagnement et nous n’avons pas estimé raisonnable de lancer un autre projet de cette envergure en même temps que l’hôtel Belvue.

Quelle est la spécificité de l’accompagnement des personnes dans ce type d’hébergement ?

SG : Depuis le début, le projet hôtel solidaire consiste en un partenariat entre trois associations : L’Ilot, Diogènes et Doucheflux. Les occupants de l’hôtel sont des personnes orientées par ces trois services. On a eu la volonté très forte dès le début que l’hôtel soit gratuit et totalement accessible, ce qui a mené à la diversité des profils des personnes accompagnées. Les chambres sont individuelles et l’aspect communautaire est lié aux repas et à l’occupation des parties communes. Une grande indépendance est donnée aux résident.e.s de l’hôtel, contrairement à la vie en maison d’accueil qui impose un minimum de vie communautaire. C’est probablement aussi ce qui a orienté certains profils vers l’hôtel plutôt que vers les maisons d’accueil.

Qu’est-ce qui serait à retenir du projet Hôtel ?

EJ :Le projet hôtel a un coût élevé (mais pas forcément plus élevé qu’une maison d’accueil)mais ce modèle offre de multiples avantages : intimité grâce à une chambre individuelle (contrairement aux solutions d’urgence qui proposent souvent des dortoirs), sécurité, gratuité qui permet l’accueil de personnes sans revenus.

Voyez-vous l’Hôtel comme un substitut à l’urgence sur le long terme ?

EJ : J’imaginerais plutôt une modification de l’urgence : des lieux d’urgence plus accueillants avec un accompagnement renforcé. Il n’est pas forcément question de reproduire le luxe d’un hôtel. Je ne pense pas que les personnes accompagnées soient demandeuses de ça : une salle de bain, un lit, une télé et encore, ça suffit. C’est l’occasion de se poser des questions sur l’accueil d’urgence.

SG : Ici on a un accompagnement présent 7 jours sur 7, 24h sur 24 ; ça fait une grande différence en termes de besoins en ressources humaines, mais également pour l’accompagnement offert aux personnes. C’est une vraie plus-value de pouvoir offrir ça.

Un moyen pour les équipes d’entrer en contact avec des publics parfois hors des radars ?

EJ : Ça nous a permis de faire entrer des personnes qui ne voulaient entrer nulle part. Le contexte les a motivé·e·s parce que chacun·e a sa propre chambre, sa liberté. Ça nous a même permis d’entrer en contact avec des personnes qui ne voulaient pas entendre parler d’hébergement tout court, ni logement, ni maison d’accueil, etc.

SG : … et de faire entrer des profils qui sont en rue depuis des années et pour qui l’hébergement n’est pas envisageable. C’est vraiment grâce à l’intimité et à l’autonomie que ceci a été possible. Leur présence en un même lieu a un effet accélérateur sur toutes les démarches qui sont encore à faire que ce soit sur du suivi médical, le fait de recommencer à voir un médecin mais aussi pour toutes les démarches administratives entreprises.

EJ : C’est également sur la durée du projet que l’on a pu mettre ces démarches en place de façon structurée.

Au cours de l’année 2020, 44 personnes ont été hébergées au sein du dispositif Hôtel Solidaire. Parmi elles, six personnes ont trouvé un logement durable et stabilisé leur situation. La difficulté d’un tel projet réside notamment dans la complexité des dossiers des personnes hébergées et le caractère parfois inextricable de ceux-ci. 

Centre de Jour : retour sur une adaptation au long terme 1000 762 L'Ilot

Centre de Jour : retour sur une adaptation au long terme

 

L’année 2020 a rendu visibles les invisibles. Une fois le Parvis de Saint-Gilles (Bruxelles) vidé de toutes ses terrasses et des badauds, confinés chez eux, il ne restait plus que la longue file des personnes venues se restaurer à L’Ilot. L’équipe du Centre de jour de L’Ilot a fait preuve d’une capacité d’adaptation constante afin de faire face à cette situation inédite.

Rencontre avec Philip de Buck, directeur du Centre de jour de L’Ilot, et Kasole, volontaire au Centre de jour.

À l’annonce du premier confinement, combien de temps vous a-t-il fallu pour réagir ?

Philip De Buck : Un jour.

Kasole : On a été un peu surpris.

PDB : On a fermé du jour au lendemain et tout de suite tout repensé. On a mis en route une nouvelle formule qui consistait dans un premier temps simplement à distribuer des repas à la porte. Là où nous avons fait face à un stop, c’est pour le travail social. Quinze jours après le début du confinement et de la distribution des repas dehors, nous avons crié à l’aide à la commune et aux CPAS qui ont envoyé des travailleurs et travailleuses de rue. On essayait tant bien que mal de faire du travail social mais c’était presque impossible : il n’y avait plus de téléphone, tous les services sociaux et CPAS étaient fermés… Nous sommes passé·e·s de la fabrication de 45 repas par jour à 100 voire parfois 200 repas par jour pour une population que l’on ne pouvait pas identifier de la même manière que maintenant. En temps normal, les gens passent par l’accueil pour y présenter leur carte de membre. On peut dès lors identifier qu’ils sont sans abri et rentrent dans les conditions d’admission de notre centre. C’était devenu impossible car nous avions à la porte des gens qui nous disaient qu’ils étaient dans la galère et les files s’allongeaient. C’est Kasole qui le premier a mis la fameuse tenue de cosmonaute anti-Covid.

Comment avez-vous organisé les distributions ?

K : Par des formules take-away, on devait tout placer dans des sacs ; des soupes, des desserts, des entrées… Et puis il fallait préparer l’installation dehors. Et seulement à midi, quand nous commencions la distribution, il fallait être présent, histoire d’inviter les personnes à se désinfecter les mains, à respecter les mesures d’hygiène et vérifier avec l’équipe le bon fonctionnement de la distribution.

Du jour au lendemain, vous n’avez plus eu la possibilité de passer du temps avec les usagères et les usagers. Avez-vous rencontré des difficultés particulières ?

K : Il y avait beaucoup de personnes que l’on ne connaissait pas. Il y avait aussi parfois la barrière linguistique, c’était difficile d’entrer en communication avec ces personnes. Parfois la tension montait parce que les personnes dans la file avaient faim et ça les rendait difficiles à gérer.

PDB : À l’annonce du premier confinement il faut se rendre compte que pour le public sans abri il n’y avait plus d’HoReCa pour aller aux toilettes, il n’y avait plus moyen de faire la manche dans la rue, on parlait même de supprimer le cash. Les personnes ne pouvaient plus non plus s’asseoir dans un parc et on leur demandait de se confiner, elles étaient complètement oubliées. Il y avait un sentiment de panique et d’abandon énorme. On l’a senti très fort. Ça a aussi impacté l’équipe. Kasole est là pour en témoigner, il a tout de suite mis la main à la pâte et heureusement. Nous nous sommes parfois retrouvé ·e ·s à 3 ou 4 pour faire tourner le centre, c’était intense. Nous avons dû mettre en place tout un processus. Après une semaine, nous avons instauré une procédure écrite mais on n’a pas cessé de l’adapter et en un an je pense qu’on a eu trois gros changements de procédure de travail pour l’ensemble de la structure. Les petites évolutions lors de la première étape ont été de distribuer dehors, de mettre des barrières Nadar, des marquages au sol, d’installer un système pour se laver les mains dehors. Certaines personnes n’avaient même plus accès à l’eau pour se laver.

Beaucoup de nouvelles personnes se sont présentées aux distributions ?

K : Les gens n’avaient plus accès au Centre de jour donc tout se passait à l’extérieur. On a vu des gens qui ne faisaient effectivement pas partie de notre public habituel. Dès le début nous nous sommes bien rendu compte que ce que l’on faisait comme quantités de repas habituelles ne suffirait clairement pas.

PDB : Les conditions d’admission au Centre de jour stipulent que la personne doit être sans abri. Pour s’en assurer, nous devons voir à qui on a affaire et pour faire ce travail on dispose d’un accueil à l’entrée où les gens s’inscrivent et reçoivent une carte de membre qui indique qu’ils entrent dans les conditions d’admission. Quand il n’y a plus d’accueil et que tout se passe dehors, nous ne savons pas à qui nous avons affaire. On ne va pas non plus faire le tri dans la rue. Il y avait un climat assez tendu. Nous laissions grossir la quantité de repas. A un moment, nous en faisions 120 et on en gardait un peu sur le côté et puis quand tout le monde partait on en distribuait à ceux qui n’avaient rien eu. Tous les jours, on donnait aux personnes 80 sandwichs supplémentaires pour le soir. À un moment donné, il n’y avait pas d’autre possibilité de se restaurer. D’autres services ont réouvert quelques semaines plus tard. Il y a aussi eu beaucoup d’initiatives citoyennes à gauche à droite, des restaurateurs se sont mis à cuisiner pour des personnes dans la rue…

K : On ne pouvait pas abandonner les gens.

PDB : Dans les données statistiques, les chiffres ne montrent pas la période de la plus grosse affluence, la plus grosse demande. On n’a en effet pas pu quantifier l’ampleur du travail car les personnes ne passaient pas systématiquement par l’accueil. Nous avons vraisemblablement rencontré des profils de personnes qui n’étaient pas sans abri mais qui n’avaient tout à coup plus de boulot, plus un sou. Certain·e·s ne sont toujours pas sorti·e·s de ce choc-là. Le dernier dénombrement montre une augmentation du nombre de personnes sans abri à Bruxelles. On a augmenté - notamment avec les hôtels - les capacités d’accueil du public sans abri mais le nombre de personnes en rue ne diminue pas donc il y a un problème.

Tout le monde a dû s’adapter ?

PDB : C’est pour l’équipe sociale que ça a été le plus dur. En général, le travail social s’effectue dans un bureau, on s’occupe des gens, on essaye de régler des dossiers, mais il n’y avait plus de CPAS, plus de commune, plus de banque, plus moyen de régler quoi que ce soit. La seule chose dont on pouvait s’occuper, c’était les services de première nécessité. L’équipe sociale a été mise à contribution et ça a pu décourager certaines personnes qui n’avaient pas imaginé leur métier comme ça, sans compter l’aspect anxiogène de la situation. Cette crise finit inévitablement par nous user. Les publics étaient moins anxieux face au Coronavirus que les équipes.

Pour quelle raison ?

K : Un jour une personne qui faisait partie de notre public a été interrogée par un média et a dit « j’ai le choix entre mourir du Coronavirus ou mourir de faim ». Je crois que cette phrase résume assez bien le contexte. La peur, c’était pas quelque chose de spécialement nouveau pour le public. Il y a parmi les personnes qui sont passées par le Centre une forte capacité à relativiser et à se dire qu’il faut essayer de survivre comme on peut. De toute façon alors qu’on cherchait des solutions de vaccins, on ne pouvait personnellement rien y faire sinon attendre. Pour celles et ceux qui avaient déjà un problème avant l’arrivée de ce virus, il était d’abord question d’essayer de régler le premier problème avant de s’inquiéter du second.

Comment avez-vous géré les équipes de volontaires, avez-vous eu beaucoup de propositions ?

PDB : Nous avions une trentaine de volontaires au départ, dans l’ancien monde. Nous n’en avons gardé qu’un·e ou deux. On a dû demander aux bénévoles de ne pas venir. Et les offres de bénévolat qu’on a reçues, on en reçoit tout le temps, on n’a pas pu les prendre. Durant la première vague, c’est aujourd’hui beaucoup moins présent, il y a eu un élan de solidarité, les gens ont voulu tout de suite faire quelque chose. Nous avons reçu des coups de fil, des dons, il y a vraiment eu un engouement.

K : Il y avait aussi simplement des gens qui passaient devant le Centre, ne savaient pas ce que c’était et se renseignaient. Quand on leur expliquait, ils allaient faire un petit tour et revenaient avec un petit sac de provisions parce qu’ils avaient vu qu’il nous manquait quelque chose. C’était de bon cœur. Cette file, c’était à un moment les seules personnes visibles dans la rue. Tout le parvis était vide.

Comment a évolué la situation ?

PDB : Pendant trois mois nous avons durci les normes d’hygiène et de contrôle, nous avons ensuite assoupli certaines mesures mais on portait des combinaisons. Après le deuxième confinement nous nous sommes battu·e·s pour pouvoir rester ouvert, on a reçu une dérogation pour accepter 10 personnes à la fois à l’intérieur et trois personnes dans la zone salon. Un an après le début du premier confinement, on est coincé dans ce rythme-là. Mais vu qu’on organise les repas par services, une tournante se fait assez naturellement et on arrive à accueillir pas mal de personnes sur une journée.

La collecte alimentaire a augmenté ?

PDB : Elle a explosé. Un peu avant le Covid on a eu une nouvelle source de collecte. Avec l’augmentation du public nous avons pris conscience de la gravité de la situation et avons mis tous les moyens en œuvre pour trouver de nouvelles sources. La solidarité nous permet aujourd’hui encore d’avoir une grande autonomie, on arrive à ne devoir acheter que très peu pour le Centre de Jour, les autres maisons ont réduit leurs dépenses alimentaires, ça nous a permis d’entrer dans le projet de logistique collaborative LOCO auquel je crois beaucoup. Nous sommes devenus un des plus gros acteurs et grâce à notre récolte nous pouvons fournir 5 ou 6 autres associations. Aujourd’hui c’est nous qui donnons mais si demain nous n’avons pas assez de denrées, une réciprocité de dons se mettra en route.

Quelle impression vous a laissé cette période ? 

K : Je me suis personnellement vraiment rendu compte que les personnes sans-abri pouvaient être réellement oubliées si on ne parlait pas suffisamment de leur situation. C’est comme ça que je résumerais 2020. C’est-à-dire que si on ne communique pas suffisamment sur ce que ces personnes-là vivent, dès qu’il y a un changement comme ce fût le cas avec la crise Covid, on les oublie jusqu’à ce que des gens en parlent et montrent le travail qui est fourni pour leur venir en aide.

Depuis le mois d’octobre 2020, le Centre de Jour accueille 10 personnes en même temps par service. La rotation reste importante, un moyen pour nos équipes d’offrir l’accès aux services à un maximum de personnes chaque jour. Sur l’année, nous pouvons fièrement annoncer une augmentation de 50% de la collecte alimentaire par rapport à 2019, soit 150 tonnes. Elle reste à son niveau acquis pendant le premier confinement et nous permet de fournir la majorité des repas de L’Ilot tout en redistribuant à d’autres associations.

Urgence deuxième vague : dernière chance pour les personnes sans abri 1024 680 L'Ilot

Urgence deuxième vague : dernière chance pour les personnes sans abri

L’annonce est tombée comme un couperet : le pays entier doit se reconfiner.

Il s’agit d’une véritable catastrophe sociale. Vous pouvez l’imaginer ne serait-ce qu’une seule minute : celles et ceux qui ne s’y sont pas préparés et qui aujourd’hui vont tout perdre.

C’est Sophie, étudiante qui travaillait dans une boutique de vêtements pour aider ses parents, eux-mêmes en difficulté, à payer ses études. Comment fera-t-elle désormais pour payer le loyer de son kot étudiant et ses repas ?

C’est Daan, restaurateur, déjà impacté par la fermeture imposée de la première vague, qui avait investi tant d’argent dans le matériel pour équiper son restaurant (four et friteuse professionnels, mobilier flambant neuf, etc.) puis l’adapter aux mesures sanitaires (parois en plexiglas, gel hydroalcoolique, etc). Tous ces investissements… Réduits à néant.

C’est Florence, jeune femme qui a lancé son salon de coiffure avec toutes ses économies et qui perd tout. Elle qui vit seule avec sa petite fille de deux ans, elle ne sait pas si, le mois prochain, elle pourra la nourrir et payer ses factures de gaz et d’électricité.

À l’heure où chacun et chacune d’entre nous pense aux fêtes de fin d’année, pensons à celles et ceux qui devront dormir devant notre porte.

À celles et ceux qui, avec ce second confinement, vont perdre leur logement et n’auront plus de « chez soi ».

À celles et ceux qui, ayant tout perdu du jour au lendemain, doivent lutter autant contre le virus que contre la faim et le froid.

Un don de 20, 40 ou 60 euros représente déjà un soutien indispensable pour le maintien de nos centres et services en faveur des personnes les plus pauvres. Votre don permet d’accueillir Sophie, Daan ou Florence et de leur offrir un repas, une douche, un café ou un hébergement temporaire.

Vous pouvez aussi faire un don via virement bancaire sur notre compte BE33 0017 2892 2946 en ajoutant la communication « Urgence deuxième vague». Merci de tout cœur !

Si le total de votre don atteint 40 euros ou plus, nous vous enverrons une attestation fiscale en mars 2021.

Vous bénéficierez d’une réduction fiscale exceptionnelle de 60 % du total de vos dons de l’année civile 2020 (conformément aux conditions prévues à l’article 145/33 CIR 1992).

Quand la crise sanitaire vient aggraver la crise sociale 1024 683 L'Ilot

Quand la crise sanitaire vient aggraver la crise sociale

On dénombrait en novembre 2018 plus de 4000 personnes sans abri à Bruxelles. Le dénombrement de cet hiver nous montrera à quel point ces chiffres ont augmenté.

Combien en Wallonie ? Combien en Flandre ? Aucune statistique récente ne nous permet de le savoir. Encore moins d’avoir une idée du nombre de personnes qui ont récemment basculé brutalement dans la précarité ou la pauvreté, aujourd’hui en « risque de sans-abrisme ».

Demain, tous les opérateurs de terrain des secteurs du social le savent, les pertes de logement liées à la perte de revenus vont s’enchaîner. Nos services de prévention sont assaillis d’appels de personnes qui sont « sur le fil », en train de basculer. Les CPAS ne parviennent plus à suivre... tout comme nos équipes de terrain, en incapacité de répondre à toutes les demandes d’aide.

Le nombre de personnes obligées de bricoler des solutions d’hébergement temporaire va exploser : une nuit chez un ami, la suivante dans une voiture… avant de se résoudre à venir frapper à la porte d’un centre d’accueil d’urgence.

Ce que l’on sait aussi, c’est qu’avec la profonde crise sociale qui accompagne la crise sanitaire, le profil de nos publics est en train de s’élargir de manière très inquiétante. Depuis plusieurs années déjà, l’homme blanc de quarante ans ayant eu un « accident de parcours » partage son bout de carton avec des femmes qui, malgré leur manque de ressources, ont le courage de quitter leur conjoint violent ; avec des (très) jeunes en rupture familiale ; avec celles et ceux qui, faute de moyens pour une politique de réinsertion, n’ont pas pu préparer leur sortie de prison ; avec des personnes dont les problèmes de santé mentale justifieraient qu’elles soient accueillies dans des centres spécialisés ; avec des personnes isolées dont la trop faible pension ne permet pas de payer les frais exorbitants d’une maison de repos.

À ces publics déjà bien connus de nos services de terrain viennent aujourd’hui s’ajouter des familles récemment expulsées pour non paiement de loyer ; des mamans seules qui n’arrivent plus à remplir le frigo ; des personnes dont le revenu a été raboté pour cause de chômage économique ou activité mise à l’arrêt ; des étudiant·e·s qui ont perdu leur job et que la famille, elle aussi en difficulté, ne peut pas soutenir ; des travailleurs au noir et des femmes vivant de la prostitution qui se retrouvent subitement sans aucune source de revenu.

Bref : toutes celles et tous ceux qui hier s’en sortaient tout juste et que la crise sanitaire est venue frapper de plein fouet.

Ces nouveaux visages de la pauvreté ont vingt-cinq, quarante-sept, dix-neuf ou cinquante-huit ans, s’appellent Paul, Safia, Sven ou Aleksandra, étaient peut-être vos voisin·e·s hier, fréquentaient le même magasin que vous, leurs enfants côtoyaient les vôtres au parc. Depuis trop longtemps et avant la crise sanitaire déjà, leur situation professionnelle était trop précaire, leur logement trop cher et trop petit, leur vie sociale trop restreinte, leur frigo trop vide… Depuis trop longtemps, le « trop peu de tout » était leur quotidien.

Cela fait des années que les acteurs de terrain s’époumonent pour réclamer des portes de sortie au sans-abrisme : plus de logements aux loyers accessibles pour les très petits revenus, une politique de prévention digne de ce nom, une véritable politique de réinsertion pour les sortant·e·s de prison, un plan ambitieux et efficace de lutte contre les violences conjugales et intrafamiliales, une démarche forte pour contrer la spéculation immobilière dans les grandes villes, une meilleure prise en compte de la réalité spécifique des jeunes en errance et des personnes souffrant d’assuétudes ou de santé mentale, une politique migratoire digne d’une démocratie moderne, etc.

Les réponses se font attendre… et le nombre de portes d’entrée dans ce secteur ne fait qu’augmenter.

La crise sanitaire et ses effets en cascade sont venus noircir un tableau déjà bien sombre. Comme le souligne François Bertrand, directeur de Bruss’help, organe régional bruxellois de coordination de l’aide aux personnes sans abri, dans un entretien accordé à Alter Echos à l’été 2020, la pandémie et ses contraintes ont très durement touché les services du secteur sans abri :

« Dès les premières semaines de la crise, on s’est retrouvé avec des personnes auparavant hébergées dans le circuit de la débrouille, chez des amis ou dans la famille, dans des logements insalubres ou très exigus. Nos services se sont vus confrontés à une série de personnes en décrochage, qui ont perdu leur emploi ou qui avaient un revenu de remplacement et pour qui le Covid a restreint ou coupé toute ressource financière, les mettant en situation de sans-abrisme. »

La problématique du sans-abrisme est de longue date principalement gérée sous le prisme de l’urgence. Aux chutes annuelles des températures, les autorités politiques répondent depuis des années par des plans d’accueil hivernaux qui disparaissent dès que le thermomètre remonte. À la crise sociale qui a directement suivi la crise sanitaire et que tout le secteur a senti venir dès le départ, elles ont répondu par des solutions à inventer rapidement. Avec souplesse et réactivité certes, en collaboration avec le secteur heureusement, mais qui montrent forcément leurs limites si elles ne viennent pas s’inscrire dans une approche globale et intégrée basée sur la recherche de solutions structurelles et mettant en présence tous les enjeux et défis des secteurs du social.

Au-delà des mesures d’urgence inventées en plein confinement – comme notamment la mise à l’abri des publics les plus fragiles dans des « hôtels solidaires » – les équipes de L’Ilot inscrivent leur action dans une démarche globale proposant toute l’année une offre de services complémentaires, tous orientés vers des solutions dignes et durables.

L’Ilot a comme ambition de « sortir du sans-abrisme ». Nous le savons, notre travail pour réaliser cette ambition sera demain plus difficile encore qu’aujourd’hui. Pour ces publics qui ont failli être les oubliés de la pandémie, pour toutes celles et tous ceux que nous accompagnons depuis des années, notre engagement reste pourtant intact et notre détermination plus forte que jamais. Cette ambition est à la portée d’une société solidaire dans laquelle chacun et chacune d’entre nous peut jouer un rôle.

Merci d’avoir choisi d’en jouer un à nos côtés !

Ariane Dierickx,

Directrice générale de L’Ilot

Pour toute question relative à la presse, contactez Nina Closson au 0487/22.32.86 ou presse@ilot.be

SI LE TOTAL DE VOTRE DON ATTEINT 40 EUROS OU PLUS, NOUS VOUS ENVERRONS UNE ATTESTATION FISCALE EN MARS 2021.
VOUS BÉNÉFICIEREZ D’UNE RÉDUCTION FISCALE EXCEPTIONNELLE DE 60 % DU TOTAL DE VOS DONS DE L’ANNÉE CIVILE 2020 (CONFORMÉMENT AUX CONDITIONS PRÉVUES À L’ARTICLE 145/33 CIR 1992).
Les femmes, premières victimes de la pauvreté 150 150 L'Ilot

Les femmes, premières victimes de la pauvreté

Ariane Dierickx, directrice de L'Ilot, était l'invitée de "En quête de sens" pour l'émission "Libres ensemble : Les femmes, premières victimes de la pauvreté" sur la RTBF.

« [L’augmentation du nombre de femmes à la rue] est un constat que le secteur de manière générale fait depuis de nombreuses années effectivement. On parle d’une augmentation du nombre de femmes et de familles aussi avec enfants en rue et dans les autres dispositifs d’urgence du secteur.

Il n’y a pas de chiffre très précis qui nous permette de dire quelle est la réalité du sans-abrisme féminin, parce qu’on sait qu’une grande part du sans-abrisme est invisible. On a l’impression aujourd’hui qu’il y a moins de femmes en rue que d’hommes or on sait, vous l’avez dit, que dans l’ensemble de la société la précarité touche davantage les femmes que les hommes.

Il n’y a pas de raison pour qu’au dernier niveau de la précarité les chiffres s’inversent or aujourd’hui on parle de 25% de femmes et de 50% d’hommes sans abri, 20 à 25% d’enfants qui souvent sont avec les femmes d’ailleurs donc on se rend compte qu’il y a probablement une part du sans-abrisme féminin caché. » Ariane Dierickx

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