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Marchienne-au-Pont : des nouveaux logements de transition pour femmes et enfants 1024 576 L'Ilot

Marchienne-au-Pont : des nouveaux logements de transition pour femmes et enfants

Marchienne-au-Pont : des nouveaux logements de transition pour femmes et enfants

Après quinze mois de rénovation en profondeur, la maison d’accueil de L’Ilot à Marchienne-au-Pont rouvre ses portes sous une forme entièrement repensée : le bâtiment accueille désormais sept studios et trois appartements destinés à héberger temporairement des femmes sans chez-soi, seules ou avec leurs enfants.

Avec ces nouveaux logements de transition à Marchienne-au-Pont, L’Ilot souhaite proposer une expérience plus proche de la vie « chez-soi », tout en maintenant un cadre sécurisant et un accompagnement social conséquent. Ce projet marque une étape importante dans le nouveau plan stratégique de L’Ilot : faire du logement le principal levier de sortie du sans-chez-soirisme.

Une maison d’accueil pensée comme un tremplin vers le logement

Pendant longtemps, les maisons d’accueil ont été organisées autour d’espaces collectifs, répondant avant tout aux situations d’urgence. Si cette réponse reste indispensable, elle ne suffit plus toujours à préparer une sortie durable du sans-chez-soirisme.

L’Ilot fait évoluer ce modèle. À Marchienne-au-Pont, les anciens espaces ont donc été transformés en unités de vie individualisées. Les femmes et les familles accueillies disposent de leur propre studio ou appartement, avec davantage d’intimité, tout en conservant l’accès à des espaces communs et à des activités collectives choisies.

Cette nouvelle configuration renforce trois dimensions essentielles à la reconstruction des parcours :

  • préserver l’intimité de chacune ;
  • restaurer la dignité après des parcours souvent marqués par des violences multiples ou de la grande précarité ;
  • proposer un cadre compatible avec la vie familiale lorsque des enfants sont présents.

L’objectif n’est pas simplement d’offrir un hébergement temporaire. Il s’agit de permettre aux personnes accueillies de retrouver progressivement les repères d’une vie autonome, dans un environnement sécurisé et protecteur.

Une expérience de vie plus proche du logement

Vivre dans un studio ou un appartement permet de retrouver progressivement des gestes et des responsabilités du quotidien : organiser son espace, préparer les repas, gérer un budget, maintenir des routines ou articuler la vie familiale avec les démarches administratives et sociales.

Cette expérience « comme en logement » constitue une étape importante pour des femmes dont les parcours ont souvent été marqués par des ruptures successives, des violences, des hébergements précaires ou une longue période sans espace personnel.

Le cadre proposé à Marchienne associe ainsi autonomie et accompagnement. Les résidentes disposent de leur propre unité de vie, mais peuvent compter sur une présence professionnelle et sur un suivi adapté à leur situation.

La dynamique collective reste également présente, mais elle n’est pas imposée. Des activités et des moments communs sont organisés pour lutter contre l’isolement, favoriser l’entraide et recréer du lien, sans remettre en cause le besoin d’intimité et de sécurité de chacune.

Un accompagnement intensif dans un cadre protecteur

Le dispositif de Marchienne-au-Pont, composé de 7 studios et 3 appartements une chambre, dont certains accessibles aux PMR, accueille volontairement un nombre limité de femmes afin de préserver la qualité de l’accompagnement. Le dispositif global pourra accueillir jusqu’à 27 personnes.

Chaque femme bénéficie d’un suivi individualisé portant notamment sur :

  • l’accès aux droits ;
  • la santé ;
  • les démarches administratives ;
  • la recherche de logement ;
  • la préparation à une installation durable.

L’accompagnement s’adapte également aux réalités vécues par les femmes accueillies, notamment lorsqu’elles ont connu des violences conjugales, des ruptures familiales ou des parcours de grande précarité.

L’objectif est simple : que le temps passé à Marchienne-au-Pont permette de reconstruire des repères suffisamment solides pour éviter un retour à la rue ou dans un environnement insécurisant. Cette approche s’appuie sur l’expertise développée par L’Ilot auprès des femmes en situation de grande précarité.

Un espace adapté aux enfants et à la vie familiale

La présence d’enfants a été prise en compte dès la conception du projet. Les appartements permettent aux familles de disposer d’un cadre plus proche d’un véritable domicile et de préserver davantage leurs rythmes, leurs relations et leur intimité.

Un local spécifique est également prévu pour les enfants de moins de trois ans ainsi que les adolescent·es. Plus largement, les enfants peuvent être intégrés au projet jusqu’à l’âge de 18 ans. Lorsque l’un ou l’une d’entre eux atteint la majorité pendant le séjour, la continuité de son accompagnement est organisée avec les partenaires concernés.

Cette attention portée aux enfants est essentielle. Le sans-chez-soirisme affecte l’ensemble de la vie familiale : la scolarité, la santé, le sommeil, les relations sociales ou encore le sentiment de sécurité. Offrir un espace de vie individualisé permet de limiter certains de ces effets et de recréer un cadre quotidien plus stable.

Un dispositif “par et pour les femmes” : non-mixité et équipe 100 % féminine

Le projet est conçu par et pour les femmes : il repose sur un cadre non mixte et une équipe 100 % féminine, en cohérence avec les objectifs de sécurité, d’accessibilité et de continuité.

Cette organisation vise des effets opérationnels : réduire les freins à l’entrée, soutenir la confiance, limiter les risques de décrochage et permettre un accompagnement plus approfondi sur des enjeux sensibles dans un cadre de sécurité relationnelle.

Cyrielle, coordinatrice de la maison d’accueil, vous présente les nouveaux logements.

Le logement au cœur du nouveau projet de L’Ilot

La transformation du site de Marchienne-au-Pont n’est pas un projet isolé. Elle s’inscrit dans le nouveau plan stratégique 2025-2030 de L’Ilot, qui place le logement au centre de ses priorités. L’Ilot continuera bien entendu à répondre aux situations d’urgence, mais souhaite désormais consacrer une part plus importante de son énergie à deux objectifs complémentaires :

  • produire des solutions de logement accessibles et abordables ;
  • accompagner les personnes sans chez-soi vers ces logements et dans leur maintien, afin de favoriser leur autonomie.

De Marchienne-au-Pont à la rue des Palais

Cette vision prend déjà forme à travers plusieurs projets majeurs, comme le futur site de la rue des Palais à Schaerbeek. En collaboration avec Fair Ground Brussels, L’Ilot y a acquis plusieurs immeubles qui devraient accueillir, d’ici 2027, Circé de L’Ilot, notre centre de jour pour femmes sans chez-soi, dans un lieu pérenne.

Le site de la rue des Palais comprendra également des studios et appartements de transition pour des femmes seules et des mamans solos, ainsi que des logements à long terme pour des personnes sorties de la rue.

Depuis 2016, 72 logements ont déjà été créés avec des investisseuses et investisseurs privés engagé·es dans des projets immobiliers sociaux. D’ici 2030, L’Ilot souhaite changer d’échelle et développer davantage de solutions durables pour les personnes les plus vulnérables.

Un projet intégré au réseau de Charleroi

Le dispositif de Marchienne-au-Pont n’a pas vocation à fonctionner de manière isolée. Il s’inscrit dans un réseau de partenaires actifs dans les secteurs du logement, de la santé, de la parentalité, de l’aide sociale et de la lutte contre les violences faites aux femmes.

Cette coopération est indispensable pour garantir la continuité des parcours. Elle doit permettre d’assurer des orientations adaptées, de mobiliser les services spécialisés lorsque cela est nécessaire et de préparer des solutions de sortie réalistes.

Avec les logements de transition de Marchienne-au-Pont, L’Ilot concrétise une conviction qui guide désormais l’ensemble de sa stratégie : on ne sort pas durablement du sans-abrisme sans agir directement sur le logement.

Un toit n’est pas un luxe. C’est la base d’une construction durable.

Le parcours de Mina : ferez-vous les bons choix ? 150 150 L'Ilot

Le parcours de Mina : ferez-vous les bons choix ?

Victime de violences conjugales, sans ressources, sans contacts… Incarnez Mina, une maman de trois enfants devant fuir un mari devenu violent. À qui faire confiance ? Où aller ? Choisirez-vous les options lui évitant la rue ?

Tout part d’un constat, mis en avant par l’étude-action “Sans-abrisme au féminin : sortir de l’invisibilité” publiée par L’Ilot début 2022 : le nombre de femmes sans abri ou mal logées est largement sous-évalué et l’offre de services ne leur est pas adaptée alors même qu’elles subissent plus de violences – notamment liées au genre – que leurs homologues masculins.

Dans une démarche intersectorielle et avec l’aide d’un groupe d’expertes du vécu, L’Ilot a développé une série de recommandations pour proposer des solutions concrètes, dignes et durables. Parmi elles : la création d’un centre de jour par et pour les femmes sans abri.

Le Centre de jour Circé de L’Ilot a donc ouvert ses portes en septembre 2023. Les récits terrifiants partagés par ses premières occupantes démontrent encore une fois qu’il était plus qu’urgent de proposer sans délai un refuge à celles sur qui s’abattent les pires violences qu’une société patriarcale est capable d’exercer sur les femmes. L’histoire que vous allez découvrir n’est malheureusement qu’un exemple parmi d’autres de cette triste réalité.

Mina a quitté le Maroc avec ses trois enfants pour rejoindre son mari en Belgique. Après quelques mois, celui-ci est devenu violent. Craignant pour sa vie, Mina a fui le domicile conjugal. Elle se retrouve dehors, sans domicile, sans argent, sans connaître la langue… Où aller ? À qui se confier ou faire confiance ? Comment s’en sortir ?

Le parcours est semé d’embûches et les choix que vous poserez pourraient bien être lourds de conséquences…

L’interview de Katima, usagère du Centre Circé de L’Ilot.

L’interview d’Anne, coordinatrice du Centre Circé de L’Ilot.

un centre de jour par et pour les femmes
Un Centre de jour par et pour les femmes 1024 608 L'Ilot

Un Centre de jour par et pour les femmes

Alertés par des chiffres qui semblaient incohérents compte tenu de la réalité de la pauvreté des femmes en Belgique mais aussi par des retours de terrain indiquant une grande difficulté de notre secteur à accompagner correctement les femmes vivant en rue, il nous a paru indispensable de mener une étude-action afin de mieux comprendre les trajectoires qui amènent les femmes en rue et sonder leurs besoins spécifiques. C’est ce que nous avons réalisé en 2021 et nos constats sont sans appel : le nombre de femmes sans abri ou mal logées est largement sous-évalué et l’offre de services ne leur est pas adaptée alors qu’elles subissent plus de violences que leurs homologues masculins.

La sous-évaluation du nombre de femmes sans abri est notamment liée à ce qu’on appelle le « sans-abrisme caché » qui les touche davantage : pour éviter la rue, elles dorment une nuit chez une amie, la suivante dans une voiture, etc. et finissent par passer sous les radars, disparaissant des statistiques. Ayant pour la plupart connu des parcours de violences (conjugales et intrafamiliales le plus souvent, mais aussi des violences sexuelles et/ou des violences liées à la traite des êtres humains ou encore à l’exil) avant de perdre leur logement, ces femmes vont, une fois en rue, vivre à nouveau sous la constante menace d’agressions multiples. Elles adoptent donc des stratégies d’invisibilisation : elles se masculinisent, négligent volontairement leur hygiène ou se déplacent sans cesse, ce qui contribue non seulement à les rendre invisibles, mais affecte aussi fortement leur santé physique et mentale.

DÉCOUVREZ LE TÉMOIGNAGE DE SYLVIE*

Face à ces trajectoires faites de violences, l’offre de services proposée par notre secteur n’est pas (suffisamment) adaptée aux besoins des femmes : les structures mixtes ne fonctionnent pas, car elles sont majoritairement occupées par des hommes et la mixité est insurmontable pour certaines victimes de violences graves. De ce fait, les femmes évitent ces lieux, comme en attestent les chiffres de fréquentation de nos services.

Dans une démarche intersectorielle et avec l’aide d’un groupe d’expertes du vécu, nous avons donc développé une série de recommandations pour proposer des solutions dignes et durables à ces constatations, dont la création d’un centre de jour par et pour les femmes.

Dans la lignée de nos valeurs, ce centre sera basé sur l’autonomie des bénéficiaires. Grâce à une formation des équipes sur les violences de genre et sur l’ensemble des enjeux liés aux droits des femmes, il s’agira d’un lieu où les femmes pourront se sentir en sécurité et où leur expérience sera valorisée.

Outre les besoins spécifiques des femmes, cette nouvelle structure aura également un impact sur les enfants. En effet, on sait que près de 20 % d’enfants sans abri dénombrés dans notre secteur accompagnent dans la très grande majorité des cas leur mère, et que les familles monoparentales sont presque exclusivement soutenues à bout de bras par les femmes. En agissant sur les mères, nous évitons que la précarité ne se transmette de génération en génération et que ces enfants ne deviennent, à leur tour, des adultes sans abri.

*prénom d’emprunt

>> Retrouvez notre rapport d’activité dans son intégralité.