Photo : ©Justine Dofal
Centre d’étude Femmes, Précarité et Travail social
L’Ilot fait le constat depuis plusieurs années que les femmes sans chez-soi sont systématiquement invisibilisées, et que leurs voix et leurs besoins sont insuffisamment écoutés et pris en compte.
Il ressort de l’étude « Sans abrisme au féminin : sortir de l’invisibilité », réalisée par L’Ilot en 2021-2022, que le nombre de femmes sans chez-soi – c’est-à-dire en rue, mais aussi en situation de logement précaire, hébergées dans des structures d’urgence, des logements de transition, voire chez des tiers (parfois en échange de contre-parties dégradantes) -, est largement sous-estimé. Par ailleurs, les parcours de ces femmes sont largement marqués par les violences conjugales, intrafamiliales et sexuelles. De ce fait, ces femmes nécessitent un accueil et un accompagnement social qui soient pensés pour elles, pour entendre et accueillir ces vécus, pour répondre à ces besoins qui leurs sont propres.
Pour répondre à cette problématique, L’Ilot lance le projet de Centre d’étude intersectoriel Femmes*, précarité et travail social. Ce projet se donne pour objectif de faire monter en connaissances et en compétences les professionnel·les des secteurs psycho-médico-sociaux qui accompagnent des femmes précaires à Bruxelles et en Wallonie.
*Le terme « Femmes » est à entendre comme désignant toute personne qui s’identifie au genre féminin.

Historique
L’Ilot travaille depuis de nombreuses années à lutter contre la méconnaissance des vécus des femmes sans chez-soi et contre l’invisibilisation des femmes au sein du secteur. Cela passe par l’activation de liens avec le secteur des droits des femmes, par la documentation de ces vécus à travers des recherches-actions, et par l’élaboration d’un plaidoyer dédié.
Après une première étude (« Sans-abrisme au féminin : sortir de l’invisibilité » et présentée au Parlement bruxellois le 13 janvier 2022) qui a permis de documenter la permanence des violences masculines dans les parcours des femmes sans chez-soi, ainsi qu’une réelle difficulté du secteur à appréhender ces réalités, L’Ilot a créé en septembre 2023 un centre de jour dédié aux femmes, pensé à partir de leurs vécus, et bénéficiant d’une équipe formée spécifiquement : le centre Circé de L’Ilot.
Après plus de 2 ans d’ouverture, le constat est sans appel : les femmes précaires ont besoin de ces lieux où elles peuvent être accompagnées à leur rythme et où elles peuvent se sentir en sécurité pour souffler, se reposer, et déposer leurs vécus en recevant une écoute attentive. La fréquentation du centre ne cesse d’augmenter, et les récits de violences sont encore plus nombreux et plus durs que ce qui pouvait être imaginé.
La nécessité d’un accompagnement social pensé en réponse à ces besoins n’est donc plus à démontrer. En revanche, il en ressort qu’un centre de jour dédié est loin d’être suffisant : c’est tout le secteur qui doit repenser son intervention sociale pour faire plus de places aux femmes, pour leur offrir écoute et sécurité, et pour accompagner leurs trajectoires d’émancipation. C’est dans cette perspective qu’a été pensé et développé le présent projet, afin de faire secteur sur ces enjeux et de travailler ensemble à l’amélioration des connaissances et des compétences en matière d’accompagnement social des femmes précaires.
Approche et objectifs
Le Centre d’étude Femmes, Précarité et Travail social se donne pour mission de faire monter en connaissances et en compétences les professionnel·les des secteurs du social à Bruxelles et en Wallonie dans l’accompagnement des femmes précaires. Pour y parvenir, il poursuit quatre objectifs principaux et s’appuie donc sur quatre leviers :
- Améliorer la connaissance et la visibilité des trajectoires, réalités et besoins spécifiques des femmes en situation de grande précarité et/ou de sans chez-soirisme, via la recherche-action
- Faire évoluer les pratiques des professionnel·les en contact direct avec les femmes en situation de grande précarité vers un accueil et un accompagnement plus adapté et plus qualitatif, via la formation
- Lutter contre la précarité féminine et les violences faites aux femmes, en travaillant à la fois sur l’amélioration de l’offre de services et leur accessibilité, sur l’augmentation du nombre de services dédié avec une meilleure répartition géographique, ainsi que sur les solutions de long terme contre le mal-logement, la précarité et les violences que vivent les femmes, via le plaidoyer
- Devenir une plateforme d’échange et de rencontre permettant le partage de bonnes pratiques entre professionnel·les des différents secteurs, le croisement et la mise en commun des expertises diversifiées (académiques, professionnels et expérientiels), et le développement de plaidoyer conjoint sur ces enjeux, via la mise en réseau

Via ces 4 leviers, le projet vise à renforcer la capacité des institutions à accompagner les femmes en situation de grande précarité et/ou de mal logement dans leurs trajectoires d’émancipation. In fine, il vise donc un impact sur l’amélioration des situations de vie et la réouverture des droits multiples de ces femmes.
Pour ce faire, le Centre d’étude s’inscrit dans une approche féministe du travail social, fondée sur une analyse des rapports sociaux croisés de classe, de genre et de race et inspirée de l’intervention féministe intersectionnelle. Concernant les violences en particulier, le Centre d’étude adhère pleinement à la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique (dite « Convention d’Istanbul » et ratifiée par la Belgique en 2016) et analyse les violences vécues par les femmes comme découlant de rapports de force historiquement inégaux entre hommes et femmes, maintenant les femmes dans une position de subordination par rapport aux hommes et les privant d’une pleine émancipation.
Fonctionnement et priorités
Le Centre d’étude est porté par L’Ilot et lui est donc rattaché, mais il conçu comme un projet intersectoriel avec une implication forte de partenaires des secteurs clés dans l’accompagnement des femmes précaires (entre autres le secteur féministe, celui des violences faites aux femmes, ceux de la santé, de la santé mentale et de la santé sexuelle et reproductive, ceux de l’enfance et de la jeunesse, celui des migrations, le secteur LGBTQIA+ et les secteurs du sans-abrisme, du logement et de la grande précarité). Un comité d’accompagnement intersectoriel a donc accompagné le développement du projet, et un comité scientifique sera mis sur pied pour poursuivre ce travail, afin de s’appuyer sur des partenariats et de valoriser autant que possibles les expertises déjà existantes. L’objectif est de faire de ce centre d’étude une plateforme intersectorielle de référence dédiée à l’échange de pratiques, à la mise en commun de savoirs, et aux collaborations sur ces enjeux pour l’ensemble des acteurs de ces secteurs à Bruxelles et en Wallonie.
Les axes de travail prioritaires du Centre d’étude pour les prochaines années sont : le continuum des violences masculines et patriarcales dans les parcours des femmes précaires ; santé mentale et précarité féminine ; place du trauma dans le travail social ; parentalité des femmes précaires, impact des violences sur les enfants, et placement des enfants.
Nous contacter : j.dofal@ilot.be

Photos : ©Justine Dofal