Journée internationale des droits des femmes
Sommaire :
- Qu’est-ce que la Journée internationale des droits des femmes ?
- Pourquoi le 8 mars est-il la Journée internationale des droits des femmes ?
- « Un toit contre du sexe » : le thème de L’Ilot pour le 8 mars
- Une conséquence de la crise du logement
- Une inégalité structurelle
- Nos revendications dans le cadre du 8 mars
Le 8 mars, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, les équipes de L’Ilot marchaient dans les rues de Bruxelles pour alerter nos responsables politiques.
Face à la crise du logement, certaines femmes n’ont plus d’autre choix que de « payer » un toit avec leur corps. Une violence structurelle qui ne fera que perdurer tant qu’un logement stable, accessible et sûr ne sera garanti pour toutes.
Qu’est-ce que la Journée internationale des droits des femmes ?
Célébrée le 8 mars et officialisée par les Nations unies en 1977, la Journée internationale des droits des femmes est une journée mondiale de mobilisation pour l’égalité entre les femmes et les hommes et contre toutes les formes de discriminations envers les femmes. Elle permet non seulement de dresser le bilan sur la situation, mais aussi de rappeler les inégalités persistantes (économiques, sociales, politiques…) et de porter les revendications féministes pour une société plus juste.
Pourquoi le 8 mars est-il la Journée internationale des droits des femmes ?
La Journée internationale des droits des femmes puise ses racines dans les luttes ouvrières et mobilisations de femmes du début du 20e siècle, en Europe et aux États-Unis. Le choix symbolique du 8 mars fait référence à la grande grève des femmes russes de Petrograd, survenue le 23 février 1917 selon le calendrier julien, soit le 8 mars dans le calendrier grégorien (source).
« Un toit contre du sexe » : le thème de L’Ilot pour le 8 mars
Dans le cadre de la Journée internationale des droits des femmes, nous avons choisi de mettre en lumière une réalité que beaucoup préfèrent ignorer. Dans nos villes, des femmes, des mères, des jeunes étudiantes, des personnes migrantes et sans chez-soi se voient proposer un lit, un canapé, une chambre… en échange de rapports sexuels. Elles ne sont pas « libres de choisir ». Elles négocient leur survie. Quand la seule alternative est la rue, le consentement est vicié par définition : il ne peut exister là où la survie est en jeu.
Une conséquence de la crise du logement
Ni marginal, ni anecdotique, ce phénomène est le produit direct de la crise du logement :
- loyers qui explosent,
- pénurie de logements abordables,
- listes d’attente interminables pour un logement social,
- saturation des dispositifs d’hébergement d’urgence.
Dans un marché où « tout est plein », celles et ceux qui disposent du moins de ressources se retrouvent au bas de l’échelle, dépendant de solutions informelles, invisibles, et donc propices aux abus. Là où l’offre de logements dignes et accessibles fait défaut, l’emprise et la violence s’installent.
Une inégalité structurelle
Le 8 mars nous rappelle que les femmes restent en première ligne des inégalités économiques, des violences conjugales et sexuelles, de la précarité familiale. Ce chantage sexuel contre un toit repose sur des rapports de domination qui continuent de faire du corps des femmes un bien disponible. Il prospère d’autant plus facilement que le logement est rare et cher. Quand une mère solo doit choisir entre accepter les « conditions » d’un propriétaire ou dormir dehors avec ses enfants, quand une femme sans abri se voit proposer une nuit « en sécurité » chez un inconnu après un refus dans un centre d’hébergement, quand une femme sans papiers n’ose pas refuser de peur de tout perdre, nous ne sommes plus dans le registre de la liberté individuelle. Nous sommes face à une violence structurelle que notre société tolère en fermant les yeux.
Nos revendications dans le cadre du 8 mars
Nous affirmons qu’il est urgent de changer de perspective. À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, nous rappelons que la première prévention contre ces violences, c’est le logement : disponible, abordable, inconditionnel. Tant que des milliers de femmes vivront sans chez-soi, en hébergement précaire, en colocation forcée ou chez des tiers qui peuvent « faire pression », nous continuerons à produire les conditions parfaites pour ce chantage sexuel.
Concrètement, cela implique des choix politiques clairs : augmenter massivement le parc de logements (publics, sociaux et associatifs), encadrer les loyers, garantir aux femmes le droit à un hébergement d’urgence inconditionnel, soutenir et financer des dispositifs spécifiques pour les femmes sans chez-soi…
Prévenir ces violences suppose aussi de sortir de l’hypocrisie. On ne peut pas, d’un côté, restreindre l’accès aux droits sociaux, durcir les conditions d’accès au chômage, précariser les personnes migrantes, laisser les femmes assumer l’essentiel de la charge des enfants après une séparation… et, de l’autre, se dire « choqué·e » quand des personnes, acculées, en viennent à « payer » leur toit avec leur corps. Le chantage sexuel contre un logement n’est pas une dérive isolée : c’est le symptôme d’un système qui accepte que certaines vies n’aient pas de place, pas de chambre à soi.
Dans le contexte de la Journée internationale des droits des femmes, nous demandons aux responsables politiques à tous les niveaux de pouvoir :
- l’intégration au Plan d’action national de lutte contre les violences basées sur le genre, le lien entre sans-abrisme au féminin et violences, notamment sexuelles, subie par les femmes ;
- un plan ambitieux et chiffré de création de logements accessibles, pensé en lien avec les associations de terrain et les premières concernées ;
- l’intégration systématique d’une approche spécifique aux femmes dans les politiques de logement et de lutte contre la pauvreté ;
- des moyens renforcés et pérennes pour les services d’accompagnement et centres de jour qui travaillent avec les femmes sans chez-soi et mal logées.
Nous n’acceptons pas que, dans un pays riche, au cœur de l’Europe, la survie de milliers de femmes se joue chaque soir au prix de leur dignité et de leur intégrité physique. Tant que l’accès au logement restera une course où les plus fragilisées partent avec plusieurs longueurs de retard, les prédateurs auront toujours un coup d’avance.
La Journée internationale des droits des femmes ne peut pas se réduire à des slogans ou à quelques déclarations symboliques. Mettre fin à cette violence exige du courage politique et un changement de cap : considérer le logement non comme une variable d’ajustement, mais comme un droit fondamental. Si chacune disposait d’un logement stable, accessible et sûr, cette forme de chantage perdrait mécaniquement son pouvoir.