• 25 septembre 2026

Aide alimentaire en Belgique : une hausse structurelle qui inquiète les acteurs de terrain

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Aide alimentaire en Belgique : une hausse structurelle qui inquiète les acteurs de terrain

Aide alimentaire en Belgique : une hausse structurelle qui inquiète les acteurs de terrain 1024 576 L'Ilot

Aide alimentaire en Belgique : une hausse structurelle qui inquiète les acteurs de terrain

Il y a 561 000 personnes qui bénéficient d’une aide alimentaire au moins une fois par an en Belgique. Un chiffre qui a presque doublé en dix ans, et qui a triplé voire quadruplé en trente ans. Une étude publiée début 2026 par la FdSS (Fédération des Services Sociaux) avec la concertation aide alimentaire, dresse le portrait d’un secteur porté à bout de bras par des bénévoles, confronté à une demande croissante et à des ressources qui s’amenuisent.

Un article réalisé sur base de l’interview d’Antoine Habay, chercheur à la FdSS.

« L’aide alimentaire » c’est quoi ?

Le secteur formel de l’aide alimentaire se structure autour de trois dispositifs principaux :

  • Les colis alimentaires, distribués à emporter, qui concernent la grande majorité des bénéficiaires.
  • Les restaurants sociaux, où un repas préparé sur place est servi. Ce format profite particulièrement aux personnes isolées : personnes âgées, sans-papiers ou sans-abri.
  • Les épiceries sociales, réservées aux publics les plus précaires, qui permettent de faire ses courses à prix nettement réduits par rapport à la grande distribution.

À ces dispositifs s’ajoute une aide alimentaire informelle, bien réelle mais difficile à quantifier : distributions organisées par des associations de quartier, des groupes de citoyens, ou dans un cadre religieux (églises, mosquées, paroisses) via la récupération et la redistribution de denrées.

Une hausse continue depuis 30 ans, mais des signaux à interpréter avec prudence

La tendance de fond est claire : le nombre de bénéficiaires augmente fortement depuis des décennies. Ces deux ou trois dernières années, certains indicateurs semblent pourtant se stabiliser, voire légèrement diminuer : les banques alimentaires ont ainsi annoncé une stagnation, et même une légère baisse, du nombre de personnes aidées en 2025 par rapport aux deux années précédentes.

Mais ce ralentissement apparent ne doit pas être lu comme une bonne nouvelle. Selon la dernière enquête de la FdSS, plus de la moitié des services d’aide alimentaire sont aujourd’hui saturés et voient leurs approvisionnements diminuer, qu’ils proviennent des invendus de supermarchés ou d’achats directs de denrées. À terme, cette baisse des capacités d’approvisionnement pourrait tout simplement réduire le nombre de personnes que le secteur est en mesure d’aider : un phénomène qui n’a donc rien à voir avec une baisse des besoins.

Un secteur sous pression financière et logistique

La situation actuelle des travailleurs et bénévoles du secteur est décrite comme très difficile. Deux dynamiques se percutent : une demande en hausse continue, et des moyens en recul.

Sur le plan financier, de nombreux services doivent puiser dans leurs réserves de trésorerie pour continuer à fonctionner normalement. Sur le plan logistique, les anciennes sources d’approvisionnement ne suffisent plus, poussant les acteurs de terrain à nouer de nouveaux partenariats avec d’autres organisations du secteur alimentaire afin de sécuriser des quantités suffisantes.

Une réalité probablement sous-estimée

Les données de l’étude proviennent d’environ un millier d’organisations de terrain, avec des méthodes de comptage qui ne sont pas homogènes. Plusieurs éléments laissent penser que la réalité est plutôt sous-estimée. D’abord, l’étude repose principalement sur les données des CPAS, des associations distribuant des colis, ainsi que de certaines épiceries et restaurants sociaux. Les structures qui ne disposent pas de systèmes informatisés comparables à ceux des banques alimentaires ou du Service public fédéral d’intégration sociale échappent largement au comptage.

Ensuite, toutes les personnes en situation de besoin ne sollicitent pas cette aide, freinées par la honte, l’absence de service à proximité, ou des critères d’éligibilité qui excluent des situations de précarité pourtant réelles.

Cet écart se lit dans les chiffres bruxellois : le taux de risque de pauvreté y oscille entre 15 et 20 % de la population, alors que seulement 5 à 6 % des Bruxellois recourent effectivement à une aide alimentaire.

Des profils de bénéficiaires de plus en plus diversifiés

Le public de l’aide alimentaire ne se limite plus aux personnes sans domicile. L’étude souligne l’émergence, ou l’accentuation, de plusieurs profils :

  • des personnes isolées, notamment des personnes âgées et des mères seules avec enfant(s) à charge ;
  • des travailleurs précaires, dont les revenus ne suffisent plus à couvrir les besoins alimentaires ;
  • des chômeurs et bénéficiaires du CPAS ;
  • un nombre croissant de personnes ayant perdu leur droit à des allocations, notamment de chômage, et qui se tournent alors vers l’aide alimentaire.

Une aide pensée comme ponctuelle, devenue structurelle

Le constat le plus préoccupant concerne peut-être la temporalité de cette aide. Pour de nombreux bénéficiaires, le recours à l’aide alimentaire est initialement envisagé comme une solution transitoire, en attendant une aide plus structurelle ou un retour à l’emploi. Mais dans les faits, cette situation s’installe durablement pour une large part d’entre eux.

L’aide alimentaire devient ainsi, de facto, un filet social structurel, alors même qu’elle n’a jamais été conçue pour jouer ce rôle. Un décalage que les acteurs du secteur identifient comme un problème de fond, appelé à s’aggraver si les causes profondes de la précarité (emploi, logement, protection sociale) ne sont pas mieux adressées.